La conscience

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Classe(s) : Tle ES - Tle L - Tle S | Thème(s) : La conscience

1 Conscience morale et psychologique

Les deux versants de la conscience

Le terme « conscience » est d’un usage courant : prendre conscience d’une situation, réagir en toute conscience, perdre conscience, avoir bonne ou mauvaise conscience, etc. Ces expressions révèlent la polysémie du mot, où convergent deux acceptions : l’une est morale (affirmée dès Socrate, qui évoque volontiers le « démon » l’invitant à telle ou telle conduite), l’autre est psychologique.

Origine des valeurs morales ?

La conscience morale implique la présence, en chacun, de valeurs qui l’aident à définir ce qui lui paraît bien ou mal. Elle débouche donc sur une question relative à l’origine de ces valeurs : me sont-elles fournies par une autorité extérieure (la famille, la société, ou Dieu) ? Ou est-ce moi qui les découvre ou les invente ?.

Conscience et sujet

La conscience psychologique peut se comprendre selon deux dimensions : d’une part, elle nous donne un savoir concernant nos actes (je suis conscient de ce que je vois en même temps que de voir) ; d’autre part, elle nous donne le sentiment d’être un moi singulier (le sujet s’affirme en s’opposant à tout ce qui n’est pas lui-même).

2 Situation et conséquences du cogito cartésien

La pensée présente à elle-même

Pour échapper à l’erreur, Descartes suspend tout jugement par un doute « hyperbolique ». Il met fin à ce dernier en découvrant la première vérité indubitable : le « je pense donc je suis ». L’existence humaine est ainsi capable de se saisir dans la conscience qui accompagne chacune de ses pensées (vraies ou fausses, peu importe). Le sujet est dès lors différencié de l’objet.

Une capacité d’auto-contrôle

Il devient alors nécessaire de décrire le mode d’être et les capacités de la conscience. Cette exploration sera menée, soit par l’introspection, qui prétend saisir un phénomène au moment même où il a lieu dans la conscience, soit par la rédaction d’un journal intime, qui enregistre les modifications du sujet en fonction de ce qu’il vit. Confirmant son existence, le sujet ambitionne de devenir, comme Auguste dans Cinna, « maître de soi comme de l’univers ». La conscience serait l’équivalent, dans l’individu, d’une capacité d’auto-contrôle ou d’un centre de volonté (qui, pour Maine de Biran, constitue le sentiment du moi).

3 La conscience contestée

Les philosophies du soupçon

  • De tels efforts pour décrire le moi interne constituent-ils une connaissance générale (ou scientifique) de la conscience ? Rien n’est moins sûr. Même avant Freud, la suprématie de la conscience est contestée de divers points de vue.
  • Auguste Comte élabore une critique radicale de l’introspection, incapable de livrer des observations objectives et généralisables.
  • Marx souligne la présence, dans tout sujet, d’une conscience de classe, liée à la situation sociale et qui croit rendre compte de la réalité : la conscience bourgeoise se livre à des interprétations conditionnées par ses propres intérêts. Elle impose ses valeurs et sa vision des choses à la conscience ouvrière.
  • Nietzsche, rappelant que la conscience est « superflue pour l’essentiel », remarque que toute prise de conscience est liée aux possibilités d’un langage collectif : elle trahit la singularité de l’individu, dont la vérité est donc ailleurs.

4 Conscience, temps et intentionnalité

Conscience et savoir

En termes plus philosophiques que psychologiques, Hegel affirme qu’elle est identique au savoir, et Schopenhauer qu’elle « consiste dans la connaissance » – cette dernière pouvant être immédiate ou synthétique (comme l’affirmait déjà Kant : le moi résulte de la synthèse de ses représentations).

Conscience et activité

Chez Bergson, la conscience est toujours sélective, car elle ne considère que ce que demande l’action. De plus, elle « signifie avant tout mémoire », accompagnant nos conduites pour constituer notre personnalité comme une continuité sans faille.

Intentionnalité et présence du monde

Pour Husserl, l’essence de la conscience réside dans l’intentionnalité : tout phénomène psychique vise un objet, et la conscience est toujours tension vers l’extériorité. Ainsi, toute conscience qui chercherait à ne coïncider qu’avec elle-même serait anéantie : le monde lui est nécessaire.