La création poétique : une création inutile ?

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Classe(s) : Séries tertiaires - Séries industrielles | Thème(s) : Créer et fabriquer : le propre de l'homme

À quoi sert la poésie ? C’est une question qui mérite d’être posée, comme pour toute forme d’art. La poésie, avec ses règles parfois contraignantes, offre un cadre particulier à l’expression ; si les mots sont toujours indispensables, c’est leur mise en forme qui donne à l’auditeur ou au lecteur une impression, un sentiment différent et parfois plus immédiat que dans un discours ou un texte de forme plus classique.

A À quoi sert la poésie ?

La poésie donne au poète l’opportunité de décrire le monde avec son regard et d’en découvrir le sens caché. Elle a été le moyen de décrire le monde ou tout du moins celui qui entoure le poète ; il s’agit dès lors d’un regard singulier, spécifique qui cherche souvent à montrer le sens caché des choses. Cette forme originale d’expression oblige le lecteur ou l’auditeur à ne pas rester à la surface des choses. Le style peut sembler parfois léger ou ironique ou au contraire sérieux, parfois pesant. Ce regard est aussi un appel à s’arrêter sur la beauté des choses, même celles qui paraissent a priori sans intérêt ou laides.

Dans son recueil Le Parti pris des choses (1942), Francis Ponge décrit entre autres une huître. Si le contenu est délicieux pour certains, son aspect extérieur n’est pas séduisant et ne permet pas d’imaginer ce qu’il peut y avoir sous la coquille. Pourtant, grâce à l’observation, au jeu des couleurs, il parvient à donner un certain charme au crustacé.

#poème

« L’Huître », Le Parti pris des choses, Francis Ponge, 1942

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Dans ce poème en prose, l’homme est absent au profit de la coquille. C’est elle qui prend le pas ; l’intérieur de l’huître apparaît comme un monde merveilleux si l’on arrive à l’ouvrir. C’est aussi la mise en lumière de la difficulté de la création, symbolisée par une ouverture difficile, donnant sur un monde nouveau, insoupçonné. Dès lors peut surgir la perle que quelques huîtres renferment : symbole d’une création aboutie, c’est la récompense rare, suprême et de ce fait encore plus précieuse.

B La poésie pour partager ses émotions

La poésie est un moyen privilégié pour exprimer ses sentiments et d’une manière plus universelle, les émotions.

La poésie commence à s’épanouir réellement en France vers le XIIe siècle, à l’époque des troubadours et des ménestrels, quand la musique commence à se structurer et à investir le domaine profane. C’est surtout à la Renaissance qu’elle connaît un véritable épanouissement. La langue achève de se structurer, elle s’affine et cherche la subtilité. Elle est désormais l’espace privilégié de l’expression des sentiments et des émotions. En peu de mots et souvent dans un cadre défini (c’est la grande période du sonnet, poème de forme fixe en quatorze vers), elle impose de restituer un ressenti, un état intérieur de la manière la plus profonde et la plus sensible possible. C’est bien sûr le sentiment amoureux et sa description qui sont privilégiés.

Le XIXe siècle est une autre période faste pour la poésie. Les thèmes chers au romantisme comme la solitude, la perte de l’être cher ou la fuite du temps ouvrent de nouvelles portes à l’expression poétique et intimiste. Le XXe siècle, s’il perpétue l’héritage de ce type d’expression poétique, se renouvelle dans son genre et dans son expression : l’influence de grands mouvements comme le surréalisme ou de poètes proches de ce mouvement a donné un nouveau regard sur son expression. C’est un siècle trouble, marqué par deux guerres mondiales et de multiples conflits, qui oblige à une expression différente autant dans les thèmes choisis que dans leur évocation : ainsi la poésie choisit désormais d’autres thèmes de prédilection : la nature, le devenir des hommes… témoignant de nouvelles préoccupations modernes.

C La poésie : une autre manière de s’engager

L’engagement des poètes à travers la poésie n’est pas récent. Ainsi, Agrippa d’Aubigné, protestant, grand soldat et poète, s’est engagé dans la réconciliation entre catholiques et protestants pendant les guerres de religion au XVIsiècle dans son recueil Les Tragiques ; il dénonce tour à tour la souffrance des paysans qui subissent la guerre et ses ravages, les rois et les courtisans responsables de cette situation, les martyrs, sacrifiés au nom d’un idéal religieux. Mais ce recueil possède aussi une dimension mystique.

#poème

« Misères », Les Tragiques, Agrippa d’Aubigné

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Les guerres et les conflits sont souvent l’occasion pour les poètes de mettre leur art et leur inspiration au service de la liberté et de l’engagement patriotique. La Seconde Guerre mondiale a, de ce point de vue, été particulièrement féconde. De grands poètes, tels que Aragon ou Eluard, ont ainsi proposé des poèmes diffusés clandestinement dans les milieux de la Résistance. Au-delà de la révolte et de la haine de la guerre, c’est le sentiment patriotique et la lutte contre l’occupant qui sont exaltés. Mais c’est aussi un salut au courage de ceux qui choisissent de dire non et qui acceptent pour cet idéal de renoncer à la vie.

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Le Chant des Partisans

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Exemple

Le Chant des partisans ou chant de la libération est devenu très vite le chant de la Résistance. Il s’agit d’une chanson, fruit d’un texte poétique, et d’une musique. Cet exemple illustre l’importance de la poésie dans l’expression de l’engagement. Mais il montre aussi le pouvoir de la musique qui en accompagnant le texte permet non seulement de le mémoriser mais aussi d’inciter à l’engagement et de sublimer les émotions : ici le sacrifice, la liberté, la reconstruction d’un nouveau pays…

Ainsi le poète se donne plusieurs missions dont la première est d’éclairer les hommes : certains se font l’interprète d’un message parfois christique (Victor Hugo), d’autres considèrent que le poète restera incompris et qu’il n’a pas sa place parmi les hommes (« L’albatros », de Baudelaire, où le poète, comparé à un oiseau, ne peut trouver sa place que dans les hauteurs ; cet oiseau est disproportionné et gourd quand il ne vole pas et qu’il doit se déplacer sur la terre ferme).

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