La culture

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Classe(s) : Tle ST2S - Tle STI2D - Tle STL - Tle STMG | Thème(s) : La culture
 

La culture

« Avoir de la culture », « appartenir à une culture » : dans ces expressions, la notion de culture a des sens différents. Comment les définir et quels sont les principaux problèmes liés à chacun d’eux ?

1Distinguer trois significations

Culture signifie une certaine activité, un effort humain. Ce mot d’origine latine avait d’abord une signification agricole (la culture des champs). Il indiquait le souci que l’homme avait d’entretenir les champs, de cultiver la nature, sans que le rendement soit essentiel. Le mot s’est ensuite déplacé pour désigner le soin que les hommes peuvent porter à leur esprit, le souci de ne pas le laisser en friches. C’est l’acte de se cultiver.

Culture signifie ensuite ce que l’individu cultivé possède. Ce n’est plus une action mais l’ensemble des connaissances acquises au fil de ce processus. Toute connaissance n’appartient pourtant pas à la culture. Connaître le latin c’est être cultivé, mais non pas savoir le chinois pour faire du commerce. La culture, en ce sens dit classique, semble supposer une valorisation de la connaissance pour elle-même plutôt que pour son utilité.

Culture peut aussi désigner tout ce qui singularise une communauté humaine et lui donne son identité. C’est le sens ethnographique du terme, dont une des premières définitions a été proposée en 1871 par E.B. Tylor : « Le mot culture pris dans son sens ethnographique le plus étendu désigne ce tout complexe comprenant les sciences, les croyances, les arts, la morale, les lois, les coutumes et les autres facultés et habitudes acquises par l’homme dans l’état social ».

2Face à la diversité des cultures

Si l’on prend la notion de culture dans son sens ethnographique, il faut d’abord constater la diversité des cultures à travers les lieux et les époques. Connaître, comprendre, et parfois même juger des cultures différentes fait alors problème.

 

Contre le préjugé évolutionniste, l’ethnologue Claude Lévi-Strauss propose de distinguer des sociétés à histoire cumulative, pour lesquelles le progrès est une valeur, et des sociétés à histoire stationnaire qui valorisent plutôt la permanence. Il montre aussi que cette distinction elle-même doit être utilisée avec prudence, car des sociétés peuvent paraître stationnaires selon un critère (la production d’énergie), mais évolutive selon un autre (la capacité d’adaptation au milieu naturel).

Le risque principal est de considérer une culture étrangère en faisant de la nôtre un modèle. On appelle cela l’ethnocentrisme (placer sa propre culture, consciemment ou non, au centre de nos analyses et jugements). Notre société qui a l’habitude de consommer ses aliments cuits va considérer que manger cru est un manque ou un défaut de culture, alors que c’est souvent au contraire le résultat d’un processus très sophistiqué.

Il faut distinguer deux formes d’ethnocentrisme. La première considère que seule notre culture est vraiment une culture, et que ceux qui ne la partagent pas sont incultes, des barbares. Cette dévalorisation radicale est heureusement assez rare. La seconde forme est plus fréquente, donc plus nuisible, même si elle est moins négative. Elle consiste à considérer que notre culture est la meilleure, et qu’elle résulte d’une évolution progressive selon une direction que les autres cultures doivent suivre après nous. L’autre devient ici un primitif. C’est le cas par exemple lorsque nous appelons « art primitif » un art de l’image dans lequel la représentation de l’espace n’applique pas nos règles de la perspective. La perspective n’est qu’une façon de représenter l’espace parmi d’autres, elle apparaît en Europe au xive siècle et elle presque totalement abandonnée par les peintres depuis un siècle. Elle n’est pas supérieure aux images planes orientales.

À l’opposé de ce risque ethnocentriste se trouve la tentation du relativisme, qui considère que chaque culture est relative à ses conditions historiques et géographiques, et qu’il n’y a donc pas à porter de jugement de valeur sur les diverses cultures : elles se vaudraient toutes. Cette attitude relativiste est apparemment généreuse, mais elle pose un problème : si toutes les cultures se valent, pourquoi s’intéresser à autrui, qu’ai-je à apprendre de sa culture – sinon une vide curiosité ?

3Naturel ou culturel ?

On définit aussi souvent la culture en l’opposant à la nature. Il est peut-être naturel qu’un être vivant se nourrisse, mais rien dans sa nature ne le détermine à manger à telle heure, en prenant les aliments dans tel ordre, en se servant de tels ustensiles… Les manières de manger sont donc culturelles, et c’est pourquoi elles varient. La culture marquerait donc ici tout ce par quoi l’homme refuse d’être seulement naturel. C’est un processus de civilisation. Il comprend tout ce qui vient contraindre les hommes à renoncer à certains comportements, les rites qui accompagnent certains événements de l’existence, et tout ce qui semble seulement destiné à l’embellissement.

 

Dans Malaise dans la culture (1929), Freud montre que le processus de civilisation contient des dangers. Il impose aux hommes de renoncer au naturel. Freud considère que ce renoncement est une nécessité, mais s’il devient trop exigeant, si la culture est un sacrifice trop coûteux, alors peut se produire un redoutable retour du naturel refoulé. C’est ainsi que Freud explique le surgissement de la Première Guerre mondiale parmi les nations les plus civilisées de ce temps.

Mais comment peut-on distinguer le naturel du culturel ? Le naturel comprend tout ce qui obéit à un rapport cause-conséquence nécessaire : la présence d’un gène cause nécessairement la calvitie, c’est naturel. Mais choisir de se raser la tête est culturel : cela suppose donc un libre arbitre humain, une part de choix, individuel ou collectif. Le naturel est soumis à une nécessité, le culturel met en jeu la liberté des hommes. C’est pourquoi le culturel a un sens, alors que le naturel n’en a pas. Dans la nature, c’est ainsi parce que ça ne peut pas être autrement, il n’y a que des causes. Dans la culture, la succession des causes et des effets n’est pas un processus aveugle, il a un sens.

Le philosophe français Maurice Merleau-Ponty (1908-1961) affirme pourtant que cette distinction entre nature et culture chez l’homme est impossible : « Tout est fabriqué et tout est naturel chez l’homme, comme on voudra dire, en ce sens qu’il n’est pas un mot, pas une conduite qui ne doive quelque chose à l’être simplement biologique – et qui en même temps ne se dérobe à la simplicité de la vie animale, ne détourne de leur sens les conduites vitales, par une sorte d’échappement et par un génie de l’équivoque qui pourraient servir à définir l’homme » (Phénoménologie de la perception, 1945). Merleau-Ponty dit ici que l’homme n’est pas la simple addition d’une partie naturelle et d’une partie culturelle parce qu’il n’est pas un esprit ajouté à un corps. Il est indistinctement nature et culture parce qu’il est indistinctement corps et esprit.