La focalisation

Merci !

Fiches
Classe(s) : 2de | Thème(s) : Le roman et la nouvelle au XIXe siècle : réalisme et naturalisme
Corpus - | Corpus - 1 Fiche
 
La focalisation
 
 

FB_Bac_98609_Fra2_TT_017

17

45

2

La focalisation désigne le point de vue qu’adopte le narrateur pour raconter son histoire, et à partir duquel les éléments du récit sont décrits et racontés.

1La focalisation externe

? Le narrateur adopte le point de vue d’un observateurextérieur, qui se limite à ce qu’il voit ou entend : il s’en tient aux apparences extérieures. Le lecteur n’a donc pas accès aux pensées ou aux sentiments des personnages.

 

Vers la fin de l’année 1612, par une froide matinée de décembre, un jeune homme dont le vêtement était de très mince apparence, se promenait devant la porte d’une maison située rue des Grands-Augustins, à Paris.

Honoré de Balzac, Le Chef-d’œuvre inconnu, 1831.

Dans cet extrait, le narrateur ne précise que des données objectives (la date, le lieu, les vêtements du personnage), sans préciser le nom du « jeune homme », ni ce qui lui traverse l’esprit, ni ce qui l’amène « rue des Grands-Augustins ».

2La focalisation interne

? Le narrateur adopte le point de vue d’un personnage : le lecteur découvre alors l’univers du récit, les lieux, les objets, les autres personnages ainsi que les événements, à travers la conscience, les pensées et les sensations du personnage choisi comme foyer de perception.

 

Lucien leva les yeux et vit une grande maison, moins mesquine que celles devant lesquelles le régiment avait passé jusque-là ; au milieu d’un grand mur blanc, il y avait une persienne peinte en vert perroquet. « Quel choix de couleurs voyantes ont ces marauds de provinciaux ! »

Lucien se complaisait dans cette idée peu polie lorsqu’il vit la persienne vert perroquet s’entr’ouvrir un peu ; c’était une jeune femme blonde qui avait des cheveux magnifiques et l’air dédaigneux […].

Stendhal, Lucien Leuwen, 1835.

Dans cet extrait, les éléments qui environnent le personnage sont l’objet de son jugement (« mesquine », « ces marauds de provinciaux », « magnifique », « l’air dédaigneux »). Le champ lexical du regard explicite le fait que la scène est vue à travers les perceptions de Lucien.

3La focalisation zéro

? Le narrateur est omniscient : il voit tout, sait tout, et connaît les pensées de tous les personnages, au même moment et à différents endroits du monde. C’est le point de vue le moins limité, car il permet au lecteur de tout connaître. La focalisation zéro est ainsi rapprochée, par métaphore, du regard de Dieu.

 

Surprise de voir ces deux prétendus ennemis les mains entrelacées et de les trouver en si bon accord, Francine restait muette, sans oser se demander si, chez sa maîtresse, c’était de la perfidie ou de l’amour.

Grâce au silence et à l’obscurité de la nuit, le marquis ne put remarquer l’agitation de Mlle de Verneuil à mesure qu’elle approchait de Fougères. Les faibles teintes du crépuscule permirent d’apercevoir dans le lointain le clocher de Saint-Léonard. En ce moment Marie se dit : « Je vais mourir ! » À la première montagne, les deux amants eurent à la fois la même pensée, ils descendirent de voiture et gravirent à pied la colline, comme en souvenir de leur première rencontre.

Honoré de Balzac, Les Chouans, 1829.


 

Dans cet extrait, le narrateur livre au lecteur les pensées de Francine, de Marie et de son amant, en précisant que ceux-ci « eurent à la fois la même pensée » : le narrateur est omniscient, puisqu’il peut lire dans les pensées de tous les personnages.

Conclure

La focalisation permet des jeux subtils : en regardant le monde avec les yeux d’un personnage ou en adoptant un regard surplombant, en restreignant le champ de vision ou en l’élargissant, le romancier varie les points de vue.