La liberté

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Classe(s) : Tle ST2S - Tle STI2D - Tle STL - Tle STMG | Thème(s) : La liberté
 

La liberté

La notion de liberté peut être prise en plusieurs sens. Nous l’étudierons ici sous trois aspects : le libre arbitre, la puissance de la volonté et la puissance d’agir.

1Le libre arbitre

Nous nous représentons souvent nos actions comme résultant du choix de faire ceci plutôt que cela. Même si des motifs très forts nous poussent dans une direction, il nous semble que nous ne sommes pas soumis à la nécessité de cette action, à la différence d’une pierre qui chute nécessairement là où on l’a jetée. On dit alors que les actions humaines sont contingentes alors que les mouvements des choses sont soumis au déterminisme (voir encadré ci-contre). Les motifs d’une action humaine ne semblent jamais suffire à provoquer cette action, il faut encore que l’homme arbitre en faveur d’elle. On dit qu’il agit par libre arbitre.

 

On parle de déterminisme lorsque la cause et la conséquence s’enchaînent avec une stricte nécessité. Dans ces cas, il suffit que la cause soit donnée pour que l’effet qui va suivre soit déjà déterminé et prévisible, si l’on connaît la loi qui les relie. Le physicien sait par avance combien de temps mettra l’eau chauffée pour s’évaporer. Les sciences de la nature étudient donc le déterminisme naturel, et la nature peut se définir comme absence de liberté.

L’existence effective du libre arbitre est problématique. En effet, il me semble bien que, le plus souvent, rien ne me pousse à accomplir nécessairement telle action, mais puis-je vraiment être certain qu’une nécessité secrète, dissimulée à ma conscience, n’est pas la raison invincible de mon action ? Le libre arbitre ne serait-il pas une représentation erronée des commencements de l’action humaine, due à une ignorance des vrais motifs ? C’est ce qu’affirme Spinoza (1632-1677), pour lequel il y a autant de nécessité dans les actions humaines que dans la chute d’une pierre. Pour Spinoza, la conscience nous fait savoir ce que nous faisons sans nous éclairer intégralement sur les causes pour lesquelles nous le faisons, de sorte qu’elle nous induit dans la croyance fausse au libre arbitre.

Nietzsche (1844-1900) radicalise l’analyse de Spinoza. Il affirme que le libre arbitre est non seulement une erreur, mais une illusion, c’est-à-dire une erreur qui provient d’un besoin de croire en son existence. Il faut remarquer en effet que c’est le libre arbitre qui nous rend responsable de nos actes. Nous ne sommes coupables ou méritants que si nous agissons par choix et non par nécessité. Sans présupposer l’existence du libre arbitre, il devient difficile de juger et punir les hommes. C’est pourquoi Nietzsche affirme que c’est par besoin de punir que les hommes veulent croire en l’existence du libre arbitre.

2La liberté et les désirs

Si nous considérons qu’un interdit est une limite à notre liberté, c’est parce que nous définissons la liberté comme une puissance d’agir sans contrainte. C’est la conception la plus ­courante de la liberté, selon laquelle être libre revient à pouvoir réaliser ses désirs sans contrainte ou impossibilité de fait. La liberté serait ici assez semblable au bonheur. Mais cette définition de la liberté fait problème.

Dans l’Antiquité grecque puis latine, les philosophes stoïciens ont essayé de distinguer la liberté et l’accomplissement des désirs. Ils ont montré que la réalisation des désirs suppose l’acceptation des contraintes liées aux conditions de leur réalisation. Ils ont surtout montré que celui qui s’attache à ses désirs n’est plus le maître de lui-même, car le plus souvent, la réalisation de nos désirs ne dépend pas entièrement de nous. Il y a donc dans la recherche du bonheur une dépendance qui s’oppose à l’autonomie caractéristique de la liberté, selon les stoïciens. Épictète suggère même que la liberté véritable consisterait à devenir indifférent à la réalisation de nos désirs, afin de dépendre seulement de nous-même et non pas du monde.

Pour Kant (1724-1804) aussi, la liberté réside dans l’indépendance et l’autonomie du sujet humain. Devenir libre, c’est être capable de ne pas être dépendant de ses propres désirs. C’est la volonté qui doit être maîtresse des désirs. Pour cela, il ne considère pas, à la différence des stoïciens, qu’il faille supprimer ou ignorer les désirs en nous. Il veut plutôt que les désirs ne soient pas la puissance motrice de nos actes, leurs motifs. Être libre, c’est alors agir autrement que par désir. Or seule la conscience morale peut être autre chose que l’expression d’un désir, sinon la morale ne serait que de l’intérêt. Loin de s’identifier au bonheur, la liberté définie par l’indépendance devient avec Kant synonyme de moralité : je suis libre lorsque je ne suis pas l’instrument de mes désirs, donc lorsque j’agis par respect pour ma conscience morale.

3La liberté et les lois

Si l’on appelle liberté d’agir la puissance de faire ce que l’on veut, il peut sembler que les lois établies par les hommes contrarient cette liberté. En 1748, Montesquieu montre dans ­L’Esprit des lois que, sous certaines conditions, les lois sont au contraire la seule garantie d’une effective liberté d’agir.

Si les hommes vivaient dans une société sans loi, en l’absence de toute structure étatique – ce que l’on appelle : l’état de nature –, ils seraient soumis aux volontés et aux caprices des autres. Ils seraient sous la dépendance des plus forts, eux-mêmes dépendants de ceux qui les menacent. Dans un tel état de nature, il n’y a pas de réelle liberté d’action puisque règnent la dépendance et l’absence de sûreté. Dans cette société sans loi, la liberté d’action serait en droit maximale, mais en fait presque inexistante.

 

Montesquieu, qui vit sous l’Ancien Régime, sait bien que les lois sont souvent des instruments de domination entre les mains de certains hommes. C’est pourquoi il ajoute plusieurs conditions pour que la loi soit le moyen des libertés politiques. La plus célèbre est la séparation des pouvoirs dans l’État : les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire doivent être indépendants les uns des autres. Ainsi, le législatif est moins tenté de dire la loi pour en tirer un profit personnel.

Pour être libres, les hommes ne doivent donc plus être forcés d’obéir aux autres hommes. Seule la loi permet d’éviter cela, selon Montesquieu. Lorsque les hommes vivent sous des lois, ils cessent de dépendre les uns des autres car c’est aux lois qu’ils obéissent. Les lois ne limitent pas la liberté d’action, elles lui donnent la plus grande extension. Il n’y a de liberté d’agir réelle que comme liberté politique.