La matière et l’esprit


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Classe(s) : Tle ES - Tle L - Tle S | Thème(s) : La matière et l'esprit
Corpus Corpus 1
La matière et l’esprit
séries L•ES•S

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N’est-il pas évident que la matière est ce dans quoi je me cogne, alors que l’esprit est immatériel ? Comme souvent, cette évidence est peut-être trompeuse.

1Le dualisme classique

AComment unir l’âme et le corps ?

Descartes caractérise le corps par l’étendue et l’âme par la pensée, officialisant l’opposition intuitivement perçue entre matière et esprit.

Mais comment s’effectue l’union de l’âme et du corps ? C’est selon Descartes dans la glande pinéale (soit l’épiphyse).

BL’âme ne pourrait-elle être un produit de la matière ?

Après Descartes, certains chercheront une solution moniste qui affirme que la pensée n’est rien d’autre qu’un produit de la matière corporelle elle-même.

La Mettrie conçoit ainsi un « homme-machine » dont l’organisation suffit pour rendre compte du sentiment et de la pensée. Le terme d’« âme » ne désigne plus rien d’autre que « la partie qui pense en nous » – de nature matérielle.

2Idéalisme et matérialisme

AL’émergence du matérialisme

Une tradition matérialiste commence avec l’épicurisme : l’âme est composée, comme tout, d’atomes matériels. On en déduit la négation de toute immortalité spirituelle (après la mort, l’âme se décompose comme le corps) et, au moins, une indifférence à l’égard des dieux. Ce matérialisme antique est scandaleux pour l’époque.

Les matérialistes français du xviiie siècle (Diderot, Helvétius) ne le sont guère moins. Lorsqu’ils affirment que l’esprit est bien de nature matérielle, c’est aussi pour conforter leurs attaques contre le spiritualisme chrétien.

Il en ira de même avec Feuerbach, pour qui l’activité mentale est un ensemble de processus chimiques.

BUne matière introuvable : du corps solide à l’énergie

Les avancées scientifiques modifient les termes de ces questions. Dès 1909, Poincaré peut affirmer que la matière n’existe pas – du moins sous la forme grossière de nos approximations perceptives. La physique quantique la comprend davantage en effet comme « événement » que comme « fait ».

Ce que l’on nomme « matière » est de l’énergie en réserve, dans un espace qui est lui-même un champ d’énergie. Au lieu d’être « situable » dans un objet compact, la matière résulte d’échanges d’énergie.

3Des « sciences de l’esprit » aux neurosciences

AL’« âme » évacuée comme le « corps »

Les « sciences de l’esprit » ont durablement sous-entendu l’existence d’un domaine d’étude autonome (« conscience », « esprit » ou « sujet »). Mais certains logiciens ou épistémologues affirment qu’il n’y a guère de différence entre ce qu’étudient les sciences « de la nature » et les sciences « de l’esprit ».


 

citation « Ni l’“âme” ni le “corps” n’ont de place dans la science moderne. »

Russell (1872-1970)

Bertrand Russell considère ainsi que, de même que la matière a perdu sa matérialité dans la physique moderne, il serait temps de reconnaître que « l’esprit a perdu sa spiritualité ».

BLes neurosciences suppriment-elles l’esprit ?

Les avancées des neurosciences paraissent raviver le point de vue de La Mettrie : elles étudient le lien « entre une organisation anatomique de neurones et de connexions » (Changeux) et le comportement, entendu comme ensemble d’apprentissages, de réactions affectives et de réponses intellectuelles. Elles montrent ainsi que la pensée est une « fonction » du cerveau.

Les sciences dites « cognitives » peuvent ainsi considérer que le terme « esprit » fait seulement « référence à de quelconques forces occultes ou à quelque mystère des origines » (Changeux).

Conclure

Renoncer à évoquer l’esprit, même pour des raisons scientifiques, ne va pas de soi, parce qu’il nous semble toujours que c’est là que réside notre supériorité.

 

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