La mondialisation et les firmes transnationales

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Classe(s) : Tle STMG | Thème(s) : Mondialisation et firmes transnationales

La mondialisation et les firmes transnationales

L’accélération et la multiplication des échanges engendrent la mondialisation. Ce phénomène complexe organise le monde en un système de réseaux et de flux multiples. La mondialisation transforme-t-elle la planète en un « village global » marqué par une inéluctable homogénéisation ?

1Aspects et acteurs de la mondialisation

A La notion de mondialisation


La mondialisation est un phénomène ancien remontant au temps des Grandes Découvertes du xvie siècle qui mettent en place un premier « système-monde » (idée que le monde est organisé comme un système). La révolution industrielle et la colonisation du xixe siècle accentuent un processus en pleine accélération depuis 1945. Le nouvel ordre international d’après-guerre introduit une première phase qui se fonde sur la libéralisation graduelle du commerce mondial. Une seconde phase prend place dans les années 1980 avec la déréglementation qui réduit l’interventionnisme des États. Enfin, au début des années 1990, la fin des économies planifiées en URSS, mais aussi en Inde et en Chine permet à de grandes puissances en gestation d’intégrer une mondialisation accrue.

Phénomène incontestable mais contesté, la mondialisation fait l’objet d’un débat. Une tendance néolibérale juge son processus naturel et incontestable. Au contraire, des mouvements antimondialistes et plus récemment altermondialistes insistent sur les effets négatifs d’une globalisation jugée responsable d’un grand nombre de maux.

Pièges et difficultés

Ne pas confondre les notions

Mondialisation : processus par lequel l’intensification des échanges tend à rendre les hommes, les États et les espaces de plus en plus interdépendants en raison d’une mise en réseau de toutes les parties du monde.

Globalisation : terme d’origine anglophone désignant le renforcement des interdépendances économiques, culturelles et politiques dans le monde. Le mot peut être considéré comme un synonyme de la mondialisation.

Mondialisme : idéologie considèrant la mondialisation comme un phénomène inéluctable qui vise l’instauration d’une gestion humaniste du monde reléguant les États au second plan.

Antimonde : l’ensemble formé par les acteurs, les réseaux et les territoires qui contribuent volontairement ou pas à la dissimulation de trafics illégaux à l’origine d’une économie parallèle qui alimente les réseaux mafieux.

Antimondialisation : mouvement d’opposition stricte à la mondialisation et au néolibéralisme né durant les années 1990.

Altermondialisme : mouvement né en 1994 et favorable à une autre forme de mondialisation. Il veut rompre avec la logique néolibérale par souci des valeurs sociales, de justice économique, des droits humains et de la protection environnementale.

Gouvernance mondiale : expression qui désigne la préoccupation d’une régulation de la mondialisation par des structures internationales aptes à résoudre les problèmes posés par cette dernière.

Néolibéralisme : ensemble de pensées d’inspiration libérale assimilant le monde à un ensemble de marchés interdépendants où l’État doit plus ou moins s’effacer derrière les divers acteurs économiques internationaux.

B De multiples acteurs mis en réseau


Les acteurs de la mondialisation des échanges sont nombreux. Les 70 000 firmes transnationales (FTN) adoptent une stratégie de développement qui ne tient plus compte des frontières entre les États. Elles constituent le fer de lance de la globalisation, car elles produisent un cinquième du PIB mondial, réalisent un tiers de la production planétaire et prennent en charge la moitié du commerce international.

Les FTN fonctionnent en réseau. Elles fournissent du travail à environ 700 000 filiales. La stratégie d’externalisation et d’implantation de ces très grandes entreprises répond à plusieurs impératifs :

Firmes multinationales (FMN) ou firmes transnationales (FTN) ?

Les FMN sont de grandes entreprises implantées à l’étranger. On parle davantage aujourd’hui de FTN pour insister sur le fait que ces firmes ne prennent plus du tout en compte les frontières politiques. Les deux expressions peuvent néanmoins êtres employées comme synonymes.

– employer une main-d’œuvre bon marché et efficace (comme en Asie) afin de réduire le coût de fabrication ;

– bénéficier de facilités fiscales (comme dans les paradis fiscaux) et d’une stabilité politique ;

– intégrer un marché régional (comme l’Union européenne) afin de contourner les barrières douanières ;

– accéder à des ressources naturelles (comme en Afrique subsaharienne) ;

– profiter d’infrastructures de transport développées (comme dans la mégalopole européenne).

Les États conservent un rôle important dans la mondialisation. Ils conduisent de véritables politiques économiques afin de drainer les investissements étrangers. Ils conservent la responsabilité d’aménager leur territoire en faveur des entreprises et peuvent établir des zones franches où des facilités fiscales leur sont accordées. Ils gardent l’initiative en matière de santé, d’éducation, de politique culturelle et initient la construction des ensembles économiques régionaux. Leur capacité à réguler la mondialisation est en fonction de leur niveau de richesse et de développement. Ainsi, les États de la Triade contribuent davantage que les autres à impulser la mondialisation.

Environ 3 000 organisations non gouvernementales (ONG) reconnues par les instances internationales agissent en faveur de l’action humanitaire, du développement, de la défense des droits de l’homme et de la protection environnementale. Elles aident à l’émergence d’un « civisme mondial » et forment également des structures transnationales à l’image de WWF et d’Amnesty International.

D’importantes organisations internationales se chargent de réguler la mondialisation.

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2Les flux organisent la mondialisation

A Les différents types de flux


Les flux migratoires témoignent à la fois de l’intensification de la mondialisation et des contrastes de richesses dans le monde. En un demi-siècle, les mouvements de populations ont triplé. Ces flux s’organisent principalement en fonction d’un Sud émetteur et d’un Nord récepteur. L’émergence de nouvelles puissances régionales (comme dans la péninsule arabique) multiplie les flux Sud-Sud tandis que l’activité touristique produit principalement des flux Nord-Nord. La dispersion d’une population, telle que la diaspora chinoise constituée de 40 millions de personnes à travers le monde, permet des transferts financiers qui aident au recul de la pauvreté. Trois principales causes des flux migratoires (tourisme excepté) se distinguent :

– la recherche d’un emploi et de meilleures conditions de vie (230 millions d’immigrants économiques en 2013) ;

– la nécessité de fuir son pays par danger de mort (11,7 millions de réfugiés politiques en 2013) ;

– la dramatique détérioration de l’environnement en raison de la déforestation, de la désertification et de la montée des océans (22 millions de réfugiés climatiques ou écoréfugiés en 2013).

Le commerce des marchandises ne cesse de croître depuis les années 1950. Les produits manufacturés (les trois quarts de la valeur des échanges marchands) l’emportent désormais sur les matières premières, sur les produits agricoles et énergétiques. Si les produits miniers proviennent plutôt du Sud, les principaux échanges se produisent entre les États du Nord.

Flux commerciaux de marchandises

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La mondialisation profite à toutes sortes de trafics illicites qui imbriquent de petites régions et des réseaux mondiaux (l’antimonde). Ainsi, 92 % du marché mondial de l’héroïne proviennent de la seule vallée de Jurm en Afghanistan. Les trafics de drogue, d’armes et d’animaux ainsi que la contrefaçon empruntent des circuits internationaux et forment à grande échelle un commerce qui entretient une économie parallèle estimée à 20 % du commerce mondial.

Les trois pôles majeurs concentrent les trois quarts des échanges de services dans le monde. Les services marchands (un cinquième du commerce international) sont en plein essor en raison du développement des secteurs de l’assurance, de la banque, du tourisme, de l’édition, de l’information, de la communication et de l’informatique.

Un marché mondial de capitaux fonctionne 24 h/24 : c’est la globalisation financière. Une interconnexion entre les principales bourses permet, dès l’an 2000, la circulation chaque jour de 1 700 milliards de dollars de transactions brutes.

Les flux d’information occupent une place prépondérante dans le monde actuel. Ils sont largement contrôlés par les trois pôles majeurs qui concentrent les plus grands groupes de communication tels que Associated Press, l’agence de presse américaine la plus importante du monde.

B Des réseaux à l’origine du « système-monde »


La révolution des transports et des techniques de communication se trouve à l’origine de la mise en réseau du monde. Les immenses progrès technologiques de la seconde moitié du xxe siècle ont permis une circulation des hommes et des marchandises moins coûteuse, plus massive et plus rapide (exemple : le transport aérien et le TGV). L’essor considérable des technologies de l’information et de la ­communication, les TIC, autorise la vidéotransmission satellitaire tandis que les fibres optiques augmentent le volume des données transmises via le réseau internet. L’équipement des entreprises et des États en TIC détermine aujourd’hui leur compétitivité sur la scène internationale.

Réseaux

Ensembles de connexions permet­tant la circulation de flux matériels et immatériels entre des espaces carrefours tels que les métropoles et les divers nœuds de communication.

Les nœuds des réseaux mondiaux sont constitués de métropoles (grandes villes disposant d’un grand rayonnement), voire de mégalopoles (ensembles formés par plusieurs grandes agglomérations) qui organisent les flux et décident de l’organisation de la mondialisation. L’ensemble des villes les plus puissantes de la planète (appelé archipel métropolitain mondial) dispose de quartiers d’affaires, les CBD (Central Business Districts) qui concentrent un pouvoir décisionnel majeur (à l’image de Manhattan pour New York).

Tous les espaces ne profitent pas de la mondialisation avec la même intensité. Les réseaux internationaux permettent l’affirmation des littoraux qui constituent parfois des interfaces, c’est-à-dire des zones dynamiques d’échanges entre des espaces différenciés (comme le littoral en bordure de la mégalopole japonaise sur le versant oriental d’Honshu).

Aux zones industrialo-portuaires localisées sur les côtes s’ajoutent des zones d’aménagement liées à l’aéroport (ZALA). Ces dernières renforcent la fonction internationale des villes globales (les métropoles les plus avancées dans la maîtrise du processus de globalisation). Le fonctionnement du monde en réseaux détermine donc une hiérarchie des espaces en fonction de leur degré d’intégration à la mondialisation des échanges.

3Sujet d’étude n° 1 : les migrations internationales


La mondialisation est synonyme de mobilité des hommes. En 2010, le nombre de travailleurs migrants a atteint les 215 millions. Les trois quarts d’entre eux visent une cinquantaine d’États. 80 % d’entre eux proviennent de pays en développement. L’ONU prévoit qu’ils seront plus de 400 millions en 2050. Le phénomène migratoire est donc en pleine accélération depuis la fin du xxe siècle : c’est la révolution transnationale des migrations.

Les raisons de migrer sont multiples. La première d’entre elles est la recherche d’un emploi et d’un meilleur cadre de vie. Les travailleurs constituent les plus gros effectifs. Aux écarts de développement et de richesse s’additionnent les contrastes démographiques qui opposent les populations vieillissantes des États riches (en Europe et au Japon) aux populations jeunes des pays pauvres. S’ajoutent les réfugiés politiques qui fuient leur pays d’origine en raison de conflits ou de persécutions liées à leur appartenance ethnique, religieuse ou politique. La ­déforestation, la salinisation des sols, la désertification engendrent des flux de réfugiés ­climatiques ou environnementaux en Asie et en Océanie. Le nombre de personnes concernées pourrait atteindre 50 millions selon l’ONU. La recherche d’un traitement médical seulement assuré dans un pays développé motive quelques flux de réfugiés sanitaires. La circulation mondiale de l’information contribue à intensifier les flux migratoires. Les modes de vie occidentaux véhiculés par les médias, dont la télévision, diffusent un modèle de société et de consommation qui séduit les populations des pays pauvres. L’essor du tourisme international augmente la proximité entre pays de départ et pays d’arrivée. Un milliard d’individus se déplacent pour des raisons récréatives. La libéralisation et la déréglementation à l’échelle mondiale favorisent également le libre-échange et les déplacements de personnes. Le développement des moyens de transport et leur démocratisation (explosion des flux aériens) assurent enfin la plupart des déplacements.

La géographie des migrations internationales distingue principalement deux catégories de pays : les pays de départ (d’émigration) et d’arrivée (d’immigration). Les premiers se localisent essentiellement dans le Sud et les seconds dans le Nord. Mais les flux Sud-Nord ne résument plus le phénomène migratoire. Le Sud attire désormais les migrants. Le Golfe persique polarise ainsi nombre de flux venus d’Asie du Sud. Des pôles d’immigration régionale se distinguent comme l’Afrique du Sud qui attire les travailleurs d’Afrique australe ou encore l’Argentine qui reçoit des migrants des pays limitrophes. Enfin, les flux Nord-Nord demeurent importants et mettent principalement en relation les trois pôles de la Triade ainsi que les pays qui les constituent.

Le phénomène migratoire est à la fois perçu comme une chance et comme une menace. Il permet aux populations migrantes de procéder à des transferts d’argent (appelés « remises ») en faveur de leurs familles restées sur place. Ces flux financiers dépassent les 340 milliards de dollars et constituent une source essentielle pour le développement des pays pauvres, notamment d’Afrique. Le fait même de migrer est source d’enrichissement pour nombre d’agences qui organisent des filières d’immigration clandestine. Source de revenus, le passage de la frontière génère donc une économie parallèle qui prend place au sein du secteur informel des économies des pays pauvres. Le tourisme engendre des flux de capitaux gigantesques qui bénéficient plus ou moins à l’économie locale. L’immigration dans les pays vieillissants permet d’occuper des emplois à la fois peu attractifs (gestion des déchets, BTP) et très qualifiés (phénomène du « brain drain » ou drainage des cerveaux). L’immigration témoigne donc d’un certain dynamisme, enrichit les pays d’accueil mais est également perçue comme un problème. Des politiques de contrôle et de restriction visent à encadrer, voire à réduire les flux migratoires. Une partie de l’opinion et de la classe politique des pays d’accueil brandit la menace d’une perte d’identité nationale et se représente l’immigration comme une « invasion silencieuse ». Le fait migratoire est donc source de polémiques même s’il s’impose maintenant à la planète entière.

Flux migratoires mondiaux

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4Sujet d’étude n° 2 : les transports et les routes maritimes


Les espaces maritimes, c’est-à-dire les mers et les océans, occupent une place de choix dans la mondialisation. Ce sont eux qui mettent en relation les régions qui cherchent à s’intégrer à la mondialisation. Le transport maritime se charge de 80 % des échanges mondiaux de marchandises. 3 000 pétroliers y naviguent ainsi que 4 700 porte-conteneurs. De 1970 à nos jours, la flotte mondiale a quadruplé. Le volume transporté a triplé. Les principaux acteurs du commerce maritime sont traditionnellement les pays très développés. Cependant, depuis les années 1990-2000, les pays émergents participent davantage aux échanges et s’affirment sur le plan militaire. Certains états procurent aux armateurs des avantages fiscaux et réglementaires pour immatriculer leurs navires et obtenir un pavillon de complaisance. En 2013, 35 pays offraient cette possibilité (Bahamas, Costa-Rica, Vanuatu, Malte).

L’essor spectaculaire des échanges maritimes a pour effet de dynamiser les littoraux. La littoralisation, c’est-à-dire la concentration des hommes et des activités sur les côtes, multiplie les façades maritimes qui constituent des interfaces (zones d’échanges). La mégalopole japonaise centrée sur Tokyo, le littoral chinois, la mégalopole du quart Nord-Est des États-Unis avec New York comme hypercentre ainsi que la Northern Range nord-européenne en mer du Nord sont les principales façades maritimes au monde. Dans les pays émergents et triadiques, de nombreux ports accueillent les porte-conteneurs et s’équipent de manière à polariser un maximum de trafic. Les principaux ports mondiaux (qualifiés de hubs) se lancent dans une compétition internationale afin de capter et de redistribuer les conteneurs dont le mode de transport s’est standardisé. L’Asie Pacifique détient 16 des 20 plus grands ports du monde. Shanghai est devenu le premier port du monde en 2010.

Le transport maritime emprunte des routes stratégiques. Les détroits, comme celui ­d’Ormuz, sont des voies commerciales essentielles placées sous la surveillance des États frontaliers ou extérieurs. Les canaux interocéaniques, comme ceux de Panama et de Suez, sont des atouts considérables pour les puissances qui les contrôlent. À titre d’exemple, les droits de passage du canal de Suez représentent la troisième source de revenus pour l’Égypte.

L’importance stratégique et commerciale des voies maritimes a aidé à la mise en place d’un droit maritime international qui distingue les ZEE (zones d’économie exclusive) soumises à la souveraineté de l’état bordier sur 200 milles marins (environ 370 km) et les eaux internationales (haute mer) qui échappent à l’autorité de tout état. Le droit s’exerce donc sur les océans. L’Organisation maritime internationale (OMI) dépend des Nations Unies et rassemble 170 états qui s’engagent à appliquer les mêmes règles et à coopérer. La sécurisation des routes passe par la lutte contre la piraterie. Les actes commis par celle-ci ont triplé depuis les années 1990 pour atteindre 400 agressions en 2011. Les deux principales régions concernées sont l’Asie orientale (mer de Chine) et les côtes somaliennes. Le Golfe de Guinée et la bordure pacifique de l’Amérique du Sud ne sont pas épargnés. De manière à lutter contre cette forme d’insécurité, une coalition internationale garantit militairement la sécurité de navires qui transitent le long de la corne de l’Afrique. Le contrôle des espaces maritimes et le renforcement de leur vocation commerciale passe aussi par leur militarisation. En 2013, les actes de piraterie maritime ont atteint leur plus bas niveau depuis 2007. La sécurisation des routes maritimes s’avère donc efficace.

À savoir

Northern Range : Le rang nord-européen est l’alignement sur 800 km des principaux ports européens de la Manche et de la mer du Nord, du Havre (en France) à Hambourg (en Allemagne). Le cœur du dispositif portuaire est occupé par Rotterdam aux Pays-Bas. La Northern Range procure à l’Europe du Nord une façade maritime puissante et très active. Les infrastructures regroupent les ports, les zones de stockage, les chantiers navals et les zones industrielles (raffineries, usines chimiques, sidérurgie).

Les principaux ports mondiaux et les routes maritimes

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La Northern Range

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