La passion amoureuse

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Fiches
Classe(s) : Tle L | Thème(s) : Madame de Lafayette/Bertrand Tavernier : La Princesse de Montpensier (bac 2018-2019-2020)
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&nbsp La romancière et, dans une moindre mesure, le cinéaste donnent une vision particulièrement pessimiste de la passion amoureuse. Le contexte socio-culturel l&rsquo explique en grande partie. Longtemps l&rsquo amour n&rsquo a en effet été vécu qu&rsquo en dehors et à côté du mariage. Aussi était-il considéré comme un trouble de l&rsquo ordre social et familial&nbsp de là, son procès instruit par les écrivains et les mora&shy listes classiques. Pour eux, il est toujours une puissance&nbsp fatale.

L&rsquo AMOUR VÉCU EN DEHORS ET À CÔTÉ DU MARIAGE

&nbsp Imposé, le mariage ignore la passion entre les époux qui ne peuvent dès lors la connaître que dans des &laquo &nbsp galanteries&nbsp &raquo extra-conjugales.

&nbsp La norme du mariage imposé

&nbsp Longtemps, jusqu&rsquo au début du xixe siècle, le mariage ne dépendait pas du choix personnel des futurs époux. Il était imposé par les parents, comme l&rsquo est celui de Mlle&nbsp de Mézières avec le prince de Montpensier, à qui on ne demande même pas leur avis. Le mariage était, au sens propre, une alliance que deux familles scellaient entre elles par l&rsquo intermédiaire de leurs enfants. &laquo &nbsp On ne se marie pas pour soi&nbsp &raquo , observait déjà Montaigne dans ses Essais (III, 5). Plus les familles étaient prestigieuses, plus elles avaient un nom et un patrimoine et plus elles décidaient des unions. Preuve en est la réaction des Bourbon qui ne veulent à aucun prix d&rsquo une alliance entre les Guise et les Mézières. Pour les enfants royaux, la politique décidait de leur sort. Éprise du duc de Guise, Marguerite de Valois épousera Henri de Navarre. Et le duc d&rsquo Anjou échappe de peu dans le film à un mariage avec &laquo &nbsp Elisabeth l&rsquo Anglaise, &shy protestante, chauve et de vingt ans [son] aînée&nbsp &raquo .

&nbsp La méfiance à l&rsquo égard des mariages d&rsquo amour

&nbsp Le mariage n&rsquo était pas davantage affaire de passion ou d&rsquo inclination. On se méfiait même des unions fondées sur une passion réciproque. C&rsquo était prendre le risque de soumettre une alliance d&rsquo intérêts (économiques, politiques ou moraux) aux aléas du cœur et du désir. Dans une société fortement hiérarchisée comme celle de l&rsquo Ancien Régime, où la naissance prime tout, il n&rsquo était pas question d&rsquo épouser n&rsquo importe qui. &laquo &nbsp Un bon mariage, s&rsquo il en est, refuse la compagnie et conditions de l&rsquo amour&nbsp &raquo , poursuivait Montaigne. C&rsquo est à cette conception que se réfère Tavernier quand il fait dire à la mère de Marie&nbsp : &laquo &nbsp L&rsquo amour est la chose la plus incommode du monde. Et je remercie le ciel tous les jours qu&rsquo il nous ait épargné cet embarras à votre père et à moi.&nbsp &raquo

&nbsp Les &laquo &nbsp galanteries&nbsp &raquo , refuge illégitime de l&rsquo amour

&nbsp Deux conséquences en découlent&nbsp :

&ndash &nbsp La première est que la passion amoureuse ne peut se vivre qu&rsquo en dehors du mariage, dans ce qu&rsquo on appelait alors les &laquo &nbsp galanteries&nbsp &raquo , autrement dit les adultères. Dans la nouvelle, la princesse les envisage &laquo &nbsp avec tant d&rsquo horreur&nbsp &raquo (p.&nbsp 40) que &laquo &nbsp rien ne pouvait ébranler la résolution qu&rsquo elle avait prise de ne s&rsquo engager jamais&nbsp &raquo (p.&nbsp 34). Sa position est identique dans le film.

&ndash &nbsp La seconde conséquence est que tout amour est de fait illégitime, source de &laquo &nbsp désordres&nbsp &raquo (p.&nbsp 19), de complications, voire de&nbsp catastrophes.

LE PROCÈS DE LA PASSION AMOUREUSE

&nbsp L&rsquo amour entraîne en effet une triple défaite&nbsp : de la vertu, de la raison et de la sociabilité (des relations sociales).

&nbsp Une défaite de la &laquo &nbsp vertu&nbsp &raquo

&nbsp Malgré ses fortes résolutions, la princesse finit pas se laisser dominer par sa passion pour Guise, même quand elle sait qu&rsquo y succomber est &laquo &nbsp contraire à sa vertu&nbsp &raquo (p.&nbsp 54). L&rsquo adultère féminin passait alors pour un crime, beaucoup plus sévèrement sanctionné que pour un homme. Malgré toute sa sagesse et toute son expérience, Chabannes s&rsquo éprend de la princesse, bien qu&rsquo il sache que celle-ci &laquo &nbsp n&rsquo était capable que d&rsquo avoir du mépris pour ceux qui oseraient lever les yeux jusqu&rsquo à elle&nbsp &raquo (p.&nbsp 23). Dans le film, celle-ci se moque de son précepteur qui ne s&rsquo applique pas à lui-même les leçons qu&rsquo il donne aux autres. Et il trahit la confiance et l&rsquo amitié du&nbsp prince.

&nbsp Une défaite de la raison

&nbsp L&rsquo amour fait perdre en même temps tout sens de la mesure. Dans la nouvelle, les principaux champs lexicaux sont ceux de la jalousie, de la colère, de la rage, de la haine, de la vengeance. Ce sont autant de passions négatives et de sources d&rsquo aveuglement. Le duc d&rsquo Anjou apprend-il que le duc de Guise est aimé&nbsp ? &laquo &nbsp La jalousie, le dépit et la rage se joignant à la haine qu&rsquo il avait déjà pour lui firent dans son âme tout ce qu&rsquo on peut imaginer de plus violent&nbsp &raquo (p.&nbsp 42). Le prince est &laquo &nbsp un homme possédé de fureur&nbsp &raquo (p.&nbsp 58) quand il pénètre dans la chambre de sa femme. La gestuelle des comédiens exprime les mêmes réactions violentes dans le film.

&nbsp Une défaite de la sociabilité

&nbsp L&rsquo amour envenime en conséquence toutes les relations sociales, dans la nouvelle comme dans le film. Quatre hommes aiment la princesse&nbsp : son mari, Chabannes, les ducs d&rsquo Anjou et de Guise. La rivalité amoureuse se transforme entre eux en une rivalité mortelle. Aucun autre sentiment ne subsiste. Le duc de Guise ne pardonne pas aux Bourbon d&rsquo avoir favorisé le mariage du prince de Montpensier. Le duc d&rsquo Anjou ne pardonne à Guise d&rsquo être aimé. Et le prince ne leur pardonne pas d&rsquo ainsi l&rsquo humilier. Dès lors tous les moyens sont bons pour éliminer un rival.

UNE PUISSANCE TOUJOURS FATALE

&nbsp L&rsquo amour devient en conséquence une source de catastrophes, auxquelles n&rsquo échappent que les cyniques.

&nbsp Une source de catastrophes

&nbsp Ni dans la nouvelle ni dans le film, il n&rsquo y a d&rsquo amour heureux, pas même d&rsquo amour momentanément heureux. Chabannes souffre de servir les intérêts de Guise et, pour avoir été chassé de Champigny ou de Mont-sur-Brac, trouve la mort lors du massacre de la Saint-Barthélemy. La princesse meurt à son tour de désespoir dans la nouvelle et affectivement dans le film. Quant au prince, il en oublie sa femme (dans la nouvelle) et plonge dans un profond désespoir (dans le film). La &laquo &nbsp douleur&nbsp &raquo (p.&nbsp 45) de perdre la princesse empêche le duc d&rsquo Anjou de parler et le contraint d&rsquo aller chez lui &laquo &nbsp rêver à son malheur&nbsp &raquo (p.&nbsp 45). D&rsquo une manière ou d&rsquo une autre, tous paient cher d&rsquo avoir aimé.

&nbsp Le triomphe du cynisme

&nbsp Seul le duc de Guise échappe à ce sort funeste. Son ambition le sauve paradoxalement. Dans la nouvelle, l&rsquo ambitieux qu&rsquo il est lui fait vite oublier son amour de jeunesse, trouvant en la marquise de Noirmoutiers plus &laquo &nbsp d&rsquo espérance&nbsp &raquo qu&rsquo en la princesse de Montpensier (p.&nbsp 63). Tavernier fait du duc un chasseur, que la conquête de Marie a un instant amusé. L&rsquo amour maltraite les gens sincères et assure le triomphe des cyniques. Ce n&rsquo est pas la moindre des catastrophes qu&rsquo il peut provoquer.