La politique

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Classe(s) : Tle ES - Tle L - Tle S | Thème(s) : La politique

1 Politique et philosophie

Des liens originels

Si Socrate est condamné à mort, c’est parce qu’on l’accuse de ne pas respecter les lois de sa Cité, et la réponse de Platon à ce qu’il considère comme une injustice majeure consiste à élaborer ensuite une théorie philosophique de la justice fondant un ordre politique « idéal » (La République).

La nécessité d’un contrat juste

  • Parce qu’il ne peut vivre seul et doit donc s’intégrer dans une communauté, l’homme est considéré par Aristote comme un « animal politique », ce qui souligne l’idée que l’existence politique lui est « naturelle ». Cette opinion se révèle contestable dès que l’organisation politique excède les dimensions de la Cité pour affirmer les exigences d’un État : ce dernier ne pouvant plus être qualifié de « naturel » devra se fonder sur une « convention », et l’on voit alors se multiplier les théories faisant allusion à un « contrat social » originel.
  • En effet, la distinction entre la sphère privée (l’individu dans ce qu’il peut affirmer de singulier) et la sphère publique (celle régie par l’organisation des hommes entre eux) révèle une contradiction entre les exigences de l’individu (orientées vers le confort ou le bien singulier) et celles de la collectivité (qui se préoccupent, sinon d’un bien équitablement partagé, du moins d’un bien judicieusement réparti). Toute organisation politique doit ainsi affronter des questions relatives à la justice et, plus généralement, à la morale.

2 Politique et violence

L’ordre politique monopolise la violence

Sans organisation politique, les hommes ne connaîtraient sans doute que des relations dominées par la violence. En définissant la guerre comme « continuation de la politique par d’autres moyens », Clausewitz suggère que la politique est ce qui permet de suspendre ou de différer la violence : elle privilégie l’argumentation et le débat. Cela suppose la présence, soit chez tous, soit chez les membres d’un personnel politique en quelque sorte spécialisé, d’une attitude raisonnable favorable à la confrontation des idées ou des valeurs. Cela ne signifie pas toutefois que la violence disparaîtrait : la différer n’est pas l’éradiquer, et l’État moderne se caractérise aussi par le fait qu’il détient le monopole de la violence affirmée comme légitime (armée, police). Ainsi, l’instance politique interdit à ceux qu’elle dirige d’être violents, mais ne se prive pas de l’être quand elle le juge nécessaire. Et ses choix peuvent bien entendu ne pas être partagés par tous ceux qu’elle « représente », pour peu qu’elle se préoccupe davantage d’efficacité que des équilibres à maintenir dans la vie collective. Un tel désaccord fait de surcroît périodiquement resurgir la question des fins de la politique – partagée entre l’ambition de réaliser un « bien commun » et la plus simple confirmation du corps social tel qu’il existe.

L’égalité nécessaire devant la loi

  • La contestation ou le mépris du politique n’est pas chose récente : déjà Pascal l’évoque comme un « hôpital de fous ». C’est qu’on lui reproche volontiers de ne remplir sa mission qu’avec un certain arbitraire, qui dissimulerait en fait des intérêts particuliers (relatifs à la classe possédante selon Marx), ou un manque d’orientation permanente. Depuis Locke, toutes les théories du « contrat social » admettent que sa fonction consiste essentiellement à affirmer et protéger les droits des individus : sécurité, liberté, propriété… L’affirmation de tels droits aboutit obligatoirement à des conflits entre personnes : ce n’est qu’à partir du moment où elles sont toutes égales devant la loi que le politique peut prétendre faire respecter cette dernière.
  • Si à l’inverse, la loi est inégalement appliquée et si le pouvoir politique, quelle qu’en soit la forme, favorise certains aux dépens des autres, la protestation de ces derniers est justifiée – mais encore faut-il qu’ils aient la possibilité de la faire connaître.

L’organisation de la liberté de penser

Tous les efforts pour perfectionner les démocraties ont ainsi pour but de garantir aux citoyens un droit à l’information et à l’expression. Cela suppose, d’une part, que le personnel politique soit toujours prêt à dire la vérité sur ses buts (ce qui est sans doute loin d’être le cas), et que les jugements des citoyens puissent être pris en compte. Mais cela suppose d’autre part que puissent être définis clairement les domaines dans lesquels la liberté de penser individuelle peut s’exprimer sans perturber « l’ordre public » – condition souvent délicate à établir : faut-il accepter la formulation publique des thèses (politiques, religieuses, sociales) les plus extrêmes sous prétexte de garantir la liberté de penser de chacun ? Comment l’espace du politique peut-il être maintenu comme espace de débats si certains privilégient, pour imposer leurs idées, les actes de violence ?

3 Politique et morale

Une articulation délicate

  • Dans les États contemporains, il est fréquent que les citoyens reprochent à leur personnel politique de ne chercher que son profit – d’où les accusations rituelles d’hypocrisie, de mensonge, de malhonnêteté, etc. Cette situation révèle une possible et dangereuse séparation entre citoyens passifs et décideurs, et témoigne aussi de la difficulté d’articuler politique et morale.
  • Si l’on admet (comme Platon) que la politique peut être réglée par une théorie globale, soucieuse de justice et de raison, elle acquiert du même coup une dimension morale. Mais les décisions restent réservées à une « élite » de personnages compétents (les philosophes). Si au contraire on pense avec Machiavel (Le Prince) que la politique est une pure technique, qui ne doit se préoccuper que de son efficacité, sa réflexion ne doit recenser que les différents procédés par lesquels il est possible de gouverner durablement – et peu importe alors que certains de ces procédés puissent apparaître « immoraux ». Au nom d’un certain « réalisme », on peut alors affirmer que « la fin justifie les moyens » (c’est par exemple ce qui a lieu dans le marxisme), y compris les moins apparemment recommandables (ils se trouveront bonifiés, après coup, par leurs conséquences positives). Demeure l’écart prononcé entre « gouvernants » et « sujets », que le système démocratique cherche à combler.

L’espoir d’une conciliation

C’est peut-être en essayant de penser la politique et la morale dans leur extension maximale, c’est-à-dire en termes d’universalité, qu’il devient possible de les faire coïncider à long terme. Ainsi Kant peut-il espérer, en considérant une évolution positive des relations entre États, que s’instaurent simultanément une paix universelle et un règne de la raison pratique sur l’ensemble de l’humanité : il faudrait que les relations internationales prennent pour modèle les relations morales – et l’on peut évidemment contester la possibilité d’une telle sujétion, ne serait-ce qu’en raison des événements historiques postérieurs aux Lumières, qui semblent bien indiquer que les pouvoirs, ou du moins certains d’entre eux (les totalitarismes), se soucient fort peu du respect de l’humain.

4 Pouvoir et citoyenneté

Contrainte et légitimité de la révolte

  • Tout pouvoir est contraignant : il a pour effet d’obtenir des actes ou des comportements que les individus n’effectueraient pas spontanément. Reconnaître l’existence d’un pouvoir politique, c’est donc lui accorder le droit d’obliger les citoyens à suivre ses directives, cela provoquait déjà l’étonnement de La Boétie (Discours sur la servitude volontaire, 1576) : « Je voudrais seulement qu’on me fît comprendre comment il se peut que tant d’hommes, tant de villes, tant de nations supportent quelquefois tout d’un tyran seul ». Sans doute l’exercice contemporain du pouvoir n’est-il plus, ordinairement, celui du « tyran » ; il n’en reste pas moins que, jusque dans les démocraties, se pose la question du poids authentiquement politique des citoyens.
  • Faut-il penser que ces derniers, une fois leurs représentants élus, n’ont plus de recours contre des excès possibles du pouvoir, sauf dans l’attente d’un désaveu aux élections suivantes ? Doit-on au contraire admettre que, dans les cas où le pouvoir en place devient réellement insupportable, les citoyens ont le « droit » (même s’il ne figure pas explicitement dans les textes) de se révolter ? Michel Foucault, précisément très attentif aux excès possibles de tous les pouvoirs, considère ainsi qu’« on a toujours raison de se révolter ».

La politique comme espace d’un débat politique

C’est en proposant une autre conception de la politique que, de son côté, Hannah Arendt cherche à éviter les conséquences catastrophiques des totalitarismes modernes qui transforment la communauté en une masse indifférenciée, totalement soumise parce que privée d’autonomie. Il s’agit alors de rappeler que la politique devrait être la constitution d’un espace authentiquement « public », qui résulte de débats et ouvre la possibilité d’un monde vraiment « humain ». Dans cette optique, le pouvoir devient une action réfléchie, issue d’une délibération, et soucieuse d’affirmer sa propre durée, non par un recours à la force, mais en trouvant appui sur la mémoire collective. Cette dernière doit cependant, du passé, assumer tous les aspects : les bons comme les mauvais, ceux dont on peut tirer quelque fierté comme ceux suscitant regrets ou remords. Ce n’est en effet qu’avec une pleine connaissance des erreurs commises qu’un pouvoir peut s’affirmer comme liberté partagée, de même que seul l’exercice de la pensée en dialogue peut constituer une authentique communauté, et susciter l’adhésion à ses valeurs.