La société

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Classe(s) : Tle ES - Tle L - Tle S | Thème(s) : La société et l'État

1 La société est-elle « naturelle » ?

Société animale, société humaine

Certaines espèces animales vivent en groupes hiérarchisés et organisés en fonction des capacités physiologiques de leurs membres. On peut de la sorte évoquer l’existence de « sociétés animales », mais les sociétés humaines s’en distinguent très clairement : elles sont les seules à évoluer, à connaître des crises ou des modifications importantes, à s’inscrire dans une histoire, et, surtout, à développer entre elles un certain nombre de relations, économiques ou politiques.

La sociabilité est-elle innée ?

  • Pour Aristote, l’homme est un « animal politique » : sa sociabilité est ainsi innée. L’individu s’inscrit d’abord dans une famille, plusieurs familles se rassemblent dans un village, et un ensemble de villages finit par constituer une cité collectivement administrée. Cette progression politique ou administrative serait comparable à une croissance organique. Elle est d’ailleurs finalisée : l’homme vit « pour être heureux » et ce bonheur ne peut apparaître que dans la communauté.
  • À l’inverse, Rousseau affirme que la sociabilité se constitue historiquement, sous la pression de causes extérieures. L’homme « naturel » survit seul, en profitant des bienfaits de l’environnement. C’est à la suite de modifications de son milieu que cette pré-humanité doit se regrouper : elle va rapidement acquérir toutes les caractéristiques humaines (pensée, langage, sentiments, travail, etc.), et les premières sociétés sont bonnes, puisqu’elles assurent la satisfaction des besoins de tous. Mais cet « âge d’or » est bref, car l’inégalité des forces physiques introduit dans les sociétés une première injustice.

2 La société est nécessaire

Aliénation de l’indépendance initiale

La société est synonyme de culture, et pour en saisir la formation, on peut s’interroger sur l’apparition de cette dernière. C’est bien ce que fait Rousseau. Dans Du contrat social, il montre notamment que tout individu dispose à sa naissance d’une indépendance naturelle et du seul souci de lui-même : même la famille, d’abord justifiée par la dépendance des enfants à l’égard du père, ne se maintient que par suite d’une décision collective.

L’entrée dans un corps social signifie l’apparition de contraintes : il faut désormais tenir compte des autres. C’est pourquoi l’adhésion au corps « politique », qui implique la perte de l’indépendance, doit être compensée par les avantages que lui offre ce dernier : une force commune pour lutter contre les obstacles extérieurs et l’accès à une forme supérieure de liberté – égale pour tous, et garantie par les lois. Mais cela suppose que s’effectue bien une aliénation totale de chacun au profit de la collectivité.

Le refus du despotisme

La conception rousseauiste, qui cherche à repérer ce qui est sous-entendu par toute vie sociale, a l’avantage d’insister sur l’égalité initiale que connaissent des membres tous absolument aliénés. Elle constitue une réplique à Hobbes. Celui-ci admet que les hommes, initialement soumis à des passions qui les entraînent à des conflits permanents, choisissent de s’en remettre à un État (de type despotique) qui leur impose, par de fortes contraintes, la paix civile.

3 Importance du facteur économique

L’économie instaure une dépendance réciproque

  • Hobbes et Rousseau ont en commun, outre l’affirmation du caractère historique et non naturel de la société, de négliger l’importance des relations économiques. On peut au contraire souligner que la dépendance des individus les uns par rapport aux autres est d’abord due aux exigences de la production des biens et de leur échange.
  • Contrairement à l’animal, l’homme se trouve impliqué dans des relations commerciales qui sont à la fois des contraintes et des chances de réalisation. Adam Smith, sans faire intervenir le moindre altruisme, affirme que l’obéissance au profit personnel élabore le bien collectif et assure l’harmonie sociale.

L’économie implique-t-elle l’inégalité ?

Selon Marx, cette approche (qui se perpétue dans le libéralisme économique et politique) a le tort d’oublier qu’aucune société n’est véritablement unifiée, parce que s’y opposent des classes : la vie sociale est bien déterminée par la production, et elle définit les possibilités de chacun, mais elle change du tout au tout selon que l’on possède ou non les moyens de production, en sorte que l’enrichissement des uns suppose la pauvreté des autres. L’homme, parce qu’il est un être social, ne pourrait se réaliser pleinement que dans le cadre d’une société devenue ignorante de la lutte des classes.