La structure du film

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Classe(s) : Tle L | Thème(s) : Madame de Lafayette/Bertrand Tavernier : La Princesse de Montpensier (bac 2018-2019-2020)
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&nbsp Un prologue inédit et un épilogue réécrit, tous deux de l&rsquo invention de Bertrand Tavernier, ouvre et clôt le film. Entre ce prologue et cet épilogue, le cinéaste reprend les éléments fondamentaux de la nouvelle. Mais, s&rsquo il les respecte, il ne leur réserve pas moins un traitement varié.

UN PROLOGUE INÉDIT

&nbsp L&rsquo ouverture du film et l&rsquo incipit1 de la nouvelle ne sont pas identiques. Bertrand Tavernier fait le choix d&rsquo un long prologue auquel il attribue plusieurs fonctions.

&nbsp Les raisons d&rsquo un prologue

&nbsp La première phrase de la nouvelle évoque &laquo &nbsp la guerre civile&nbsp &raquo qui &laquo &nbsp déchirait la France&nbsp &raquo (p.&nbsp 19). Aucune description n&rsquo en est toutefois donnée. Les bienséances2 classiques interdisaient alors toute peinture des combats et, plus généralement, toute mention trop directe de violence. Bertrand Tavernier, qui n&rsquo est pas contraint par ces bienséances, choisit au contraire de montrer la sauvagerie du conflit. Son film s&rsquo ouvre ainsi sur la vision terrifiante d&rsquo un champ de bataille.

&nbsp Les quatre fonctions du prologue

&nbsp Ce prologue remplit quatre fonctions essentielles&nbsp :

&ndash &nbsp Il souligne d&rsquo abord la barbarie de l&rsquo époque. La bataille représentée n&rsquo est qu&rsquo une tuerie, d&rsquo où tout héroïsme est absent. La vie et les amours de la princesse de Montpensier se déroulent ainsi sur un fond perpétuel de brutalité et de fureur. Aux violences guerrières répondront celles des sentiments. Tavernier se refuse à la moindre idéalisation du passé.

&ndash &nbsp Le prologue illustre ensuite l&rsquo effondrement des valeurs morales. La vie humaine n&rsquo ayant plus aucun prix, aucune règle ni retenue ne subsiste. Encore fanatisé, Chabannes exhorte ses hommes à tuer &laquo &nbsp au nom du Christ&nbsp &raquo . Les civils ne sont pas épargnés, pas même les femmes et les enfants, comme le montre l&rsquo assaut de la grange.

&ndash &nbsp Le prologue explique par ailleurs l&rsquo évolution de Chabannes. Prenant progressivement conscience des horreurs de la guerre et de la monstruosité de son crime (celui d&rsquo avoir tué une femme enceinte), il décide de cesser de combattre et de déserter. C&rsquo est une conversion au pacifisme et à l&rsquo humanisme3, là où Mme&nbsp de Lafayette n&rsquo y voyait qu&rsquo un effet de l&rsquo amitié de Chabannes pour le prince de Montpensier.

&ndash &nbsp Le prologue relate enfin les circonstances particulières qui font se retrouver Chabannes, huguenot de confession, et le prince de Montpensier, l&rsquo un des chefs de l&rsquo armée catholique. Le prince survient à temps pour sauver Chabannes de la pendaison à laquelle, après l&rsquo avoir dépouillé, le vouaient deux brigands.

UN TRAITEMENT VARIÉ DES ÉLÉMENTS FONDAMENTAUX DE LA NOUVELLE

&nbsp Tavernier reprend les données fondamentales du récit de Mme&nbsp de Lafayette. Elles sont en effet intangibles, d&rsquo où leur respect par le cinéaste. Mais respecter ces invariants n&rsquo interdit pas pour autant de leur donner un plus large développement ou d&rsquo y ajouter des éléments nouveaux.

&nbsp Le respect des données intangibles

&nbsp Ce sont les suivantes&nbsp :

&ndash &nbsp Le mariage forcé de Mlle&nbsp de Mézières, éprise par ailleurs du duc de Guise, avec le prince de Montpensier.

&ndash &nbsp L&rsquo installation du jeune couple en province, à Mont-sur-Brac (et non pas à Champigny comme dans la nouvelle).

&ndash &nbsp Le départ du prince pour la guerre, les hostilités ayant repris, qui laissent seuls la princesse et le comte de Chabannes.

&ndash &nbsp Le rôle de précepteur de Chabannes auprès de la princesse.

&ndash &nbsp La déclaration d&rsquo amour de Chabannes et l&rsquo indifférence hautaine de la princesse.

&ndash &nbsp Les retrouvailles inattendues de la princesse et du duc de Guise un après-midi de pêche dans une rivière et sa rencontre avec le duc d&rsquo Anjou qui s&rsquo éprend d&rsquo elle.

&ndash &nbsp La jalousie sans cesse grandissante du prince de Montpensier.

&ndash &nbsp Le bal donné à l&rsquo occasion du mariage du roi Charles IX et la méprise que commet la princesse qui, pensant s&rsquo adresser au duc de Guise, parle en réalité au duc d&rsquo Anjou, lui aussi amoureux d&rsquo elle.

&ndash &nbsp Le rendez-vous nocturne du duc de Guise et de la princesse dans le propre appartement de celle-ci. Avec ses péripéties et ses conséquences&nbsp : l&rsquo irruption du mari&nbsp Chabannes prenant la place du duc de Guise dont il facilite la fuite juste à temps&nbsp la colère du prince, qui chasse Chabannes.

&ndash &nbsp La mort de Chabannes.

&nbsp Le développement des invariants

&nbsp Certains de ces invariants font l&rsquo objet d&rsquo un ample développement. Pendant que le prince guerroie, le comte de Chabannes joue le rôle d&rsquo un précepteur auprès de la jeune princesse. Il forme son &laquo &nbsp esprit&nbsp &raquo (p.&nbsp 22), écrit Mme&nbsp de Lafayette, qui ne précise pas davantage. Seul en est mentionné le résultat&nbsp : les ducs de Guise et d&rsquo Anjou sont autant &laquo &nbsp surpris des charmes de son esprit qu&rsquo ils l&rsquo avaient été de sa beauté&nbsp &raquo (p.&nbsp 31). Bertrand Tavernier détaille ce que Chabannes apprend à la princesse&nbsp : l&rsquo écriture, le latin, un peu de botanique, d&rsquo astronomie et, plus brièvement, de théo&shy logie. D&rsquo où des séquences qui ne figurent pas explicitement dans la&nbsp nouvelle, mais qui s&rsquo inscrivent dans la logique de celle-ci.

&nbsp Autre exemple&nbsp : les &laquo &nbsp deux jours&nbsp &raquo (p.&nbsp 32) que les ducs de Guise et d&rsquo Anjou passent à Champigny chez les Montpensier. La&nbsp nouvelle ne dit rien de ce qu&rsquo ils font. Bertrand Tavernier imagine un dîner, des conversations, une crise de jalousie du prince. Là&nbsp encore, il s&rsquo agit d&rsquo une amplification qui ne heurte pas la vrai&shy semblance. Les épisodes qui se déroulent au Louvre (p.&nbsp 37), le bal et le banquet donnés lors du mariage du roi Charles IX connaissent un traitement identique. Le respect des invariants n&rsquo exclut donc pas une part d&rsquo invention, de création.

&nbsp Les ajouts du film

&nbsp Cette part s&rsquo accroît avec des séquences qui non seulement ne figurent pas dans la nouvelle, mais qui n&rsquo y sont même pas&nbsp suggérées.

&nbsp L&rsquo exemple le plus significatif est celui du mariage de l&rsquo héroïne. &laquo &nbsp Elle épousa donc le jeune prince de Montpensier qui, peu de temps après, l&rsquo emmena à Champigny&nbsp &raquo (p.&nbsp 21). Par respect des bienséances, Mme&nbsp de Lafayette escamote littéralement la nuit de noces du jeune couple. Bertrand Tavernier comble ce silence du récit. Après s&rsquo être documenté, il reconstitue la scène telle qu&rsquo elle se déroulait dans les grandes familles aristocratiques, c&rsquo est-à-dire sous l&rsquo observation des proches parents.

&nbsp La nouvelle évoque par ailleurs à plusieurs reprises la haine que se portent le duc de Guise et le prince de Montpensier, sans qu&rsquo elle s&rsquo exprime toutefois concrètement. Tavernier les fait se battre en duel dans une cour du Louvre, jusqu&rsquo à ce que le duc d&rsquo Anjou leur ordonne, sous peine de mort, de cesser de se&nbsp combattre.

UN ÉPILOGUE RÉÉCRIT

&nbsp Le dénouement du film diffère enfin considérablement de celui de la nouvelle. Il en diffère dans les faits comme dans son&nbsp intention.

&nbsp Dans les faits

&nbsp L&rsquo amour de la princesse et du duc de Guise trouve son couronnement dans leur union physique. Après avoir surpris Chabannes dans l&rsquo appartement de sa femme et l&rsquo en avoir chassé, le prince s&rsquo en retourne dans sa chambre. La princesse fait alors revenir le duc de Guise, caché dans un couloir dérobé, et se donne à lui. C&rsquo est une différence majeure avec la nouvelle.

&nbsp Apprenant que Guise se trouve à Blois avec la cour, la princesse s&rsquo y précipite dans l&rsquo espoir, vain, de faire renoncer son amant au mariage avec Mme&nbsp de Clèves, alors que leur mariage est déjà contracté dans la nouvelle.

&nbsp Par ailleurs, si Chabannes trouve la mort dans le film comme dans la nouvelle, Bertrand Tavernier lui invente une fin héroïque. Chabannes meurt en défendant des malheureux contre la fureur des catholiques et sauve une femme enceinte. Il rachète ainsi son crime qui le fit, au début du film, tuer une femme enceinte.

&nbsp Enfin et surtout, la princesse de Montpensier, désormais libre, ne meurt pas de désespoir, contrairement à ce que dit Mme&nbsp de Lafayette. Le dernier plan du film la montre marchant seule après s&rsquo être recueillie sur la tombe de Chabannes.

&nbsp Dans son intention

&nbsp Ces modifications, capitales, donnent un tout autre sens au film. Mme&nbsp de Lafayette écrit une nouvelle moralisatrice, mettant en garde contre les désordres de la passion. Ses derniers mots ne laissent aucun doute à cet égard&nbsp : la princesse de Montpensier &laquo &nbsp aurait été la plus heureuse&nbsp &raquo du monde &laquo &nbsp si la vertu et la prudence eussent conduit toutes ses actions&nbsp &raquo (p.&nbsp 64).

&nbsp Bertrand Tavernier exalte au contraire la force de la passion amoureuse, qui pousse la princesse de Montpensier à se révolter contre les codes et les carcans de l&rsquo époque. Son héroïne conquiert sa liberté, même si c&rsquo est difficile et douloureux.

&nbsp Pour toutes ces raisons, le film n&rsquo est pas une simple adaptation cinématographique de la nouvelle de Mme&nbsp de Lafayette, il en est une réécriture qui donne à l&rsquo œuvre de Bertrand Tavernier sa profondeur et sa valeur.

NOTES

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1. Incipit&nbsp : les premiers mots d&rsquo un texte et, par extension, les premiers paragraphes.

2. À l&rsquo époque classique (1660-1685), les bienséances dictent ce qu&rsquo il est convenable de dire en société, de montrer sur une scène au théâtre et d&rsquo écrire dans des récits. Les familiarités de langage, les allusions sexuelles et plus généralement tout ce qui avait trait au corps, ainsi que les scènes de violence, étaient bannis.

3. Humanisme&nbsp : principal mouvement intellectuel du xvie siècle. Fondé sur une connaissance approfondie des littératures de l&rsquo Antiquité, il est aussi une philosophie et un idéal politique, cherchant le plus grand bien des hommes. La paix est l&rsquo une de ses aspirations les plus profondes.