La technique

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Classe(s) : Tle ST2S - Tle STI2D - Tle STL - Tle STMG | Thème(s) : L'art et la technique
 

La technique

Nos sociétés se caractérisent par la valeur et la place qu’elles accordent à la technique. Les lieux où nous vivons, mais aussi nos pensées, nos gestes et nos plaisirs se technicisent toujours plus. Pourquoi ?

1Décrire la technique

La technique est une manière de produire. Mais toute production n’est pas technique : un arbre produit des fruits sans technique. Une production technique suppose un savoir qui va permettre des résultats que la nature n’aurait pas pu atteindre par elle-même : les techniques de communication permettent à l’homme de communiquer au-delà de la portée naturelle de sa voix. Une intervention technique accomplit un effet qui était contenu dans la nature comme une possibilité mais qui serait resté virtuel sans l’intervention de ce savoir-faire humain.

 

Art et technique

Art vient du latin ars dont le sens est proche du grec tekné : un savoir-faire, un savoir produire. Mais quand art sert surtout à désigner les beaux-arts, l’idée qu’un savoir puisse expliquer leur capacité de produire fait problème. On considère alors que les beaux-arts proviennent d’un savoir inconscient, le génie, et qu’ils sont créateurs et non pas producteurs. On prétend ainsi les distinguer nettement d’une activité technique.

Le développement des techniques est en rapport avec les besoins ou les désirs des hommes. Un processus technique est toujours associé à une certaine utilité. Cette utilité apparaît alors comme la raison d’être de ce développement technique. On suppose ainsi qu’il existe un ensemble de besoins et de désirs humains, longtemps irréalisables, qui peuvent désormais peu à peu être satisfaits par les innovations techniques. Cette réduction de l’insatisfaction ou des frustrations des hommes par la technique nous fait alors parler de progrès technique.

2L’utilité de la techno-science

Dans le Discours de la méthode, Descartes propose aux hommes de devenir « comme maîtres et possesseurs de la Nature ». Ils seront les techniciens de la nature. Pour cela, ils doivent développer l’étude scientifique des lois de la nature, afin de pouvoir ensuite utiliser les êtres naturels « à tous les usages auxquels ils sont propres ». Cela permettra « l’invention d’une infinité d’artifices (processus techniques) qui feraient qu’on jouirait sans aucune peine des fruits de la terre et de toutes les commodités qui s’y trouvent ». Avec Descartes, le savoir impliqué par l’activité technique prend la forme de la science moderne. Les corps de la nature doivent devenir l’objet de nos connaissances. Il faut comprendre comment les causes et les effets s’y enchaînent, afin de pouvoir prendre le contrôle du cours des choses. On parle alors de techno-science. Pour Descartes comme pour l’opinion publique, l’utilité permet d’expliquer le développement technique, qui chercherait à rendre la vie humaine toujours plus satisfaisante. C’est une conception instrumentale et utilitariste de la technique.

3Le progrès technique : une illusion ?

Depuis la fin du xixe siècle, cette conception utilitariste et rassurante de la technique est devenue peu convaincante. Certes, toute technique nouvelle vient presque toujours satisfaire un besoin ou un désir. L’automobile permet un déplacement autonome sur une longue distance. Mais ces désirs désormais satisfaits n’ont pas toujours existé. Ils ont été créés par le progrès technique. Ils sont aussi artificiels que les artifices permettant de les satisfaire dont parle Descartes. Un certain degré d’avancée technique modifie les conditions d’existence (travail, étude, vie familiale) et rend nécessaire un outil de déplacement rapide et autonome. Ainsi, la technique vient satisfaire un manque qu’elle a d’abord créé. Une innovation technique majeure n’est jamais seulement la solution pour un besoin ancien mais toujours aussi une modification des conditions d’existence, qui fait apparaître le problème de besoins nouveaux. C’est peut-être pourquoi le « progrès » technique ne fait pas de nous des êtres plus heureux.

 

Karl Marx a lui aussi remis en cause l’explication utilitariste de la technique. Même s’il considère que la raison d’être de la technique pourrait être son utilité, il affirme que ce n’est pas le cas dans un monde marchand et capitaliste, où les techniques se développent surtout pour accroître la productivité du travail. Les techniques industrielles du capitalisme capturent selon lui les possibilités du progrès technique au seul service des possédants.

4L’expansion technique est-elle une fatalité ?

Le développement technique ne semble donc plus pouvoir s’expliquer seulement par un certain projet d’améliorer l’existence des hommes. Heidegger dit ainsi « la technique n’est pas un acte proprement humain ». Cela signifie que dans l’expansion technique, l’homme n’est pas véritablement acteur, agissant. Heidegger développe une conception post-humaniste de la technique. Même si cela peut parfois ressembler à une critique de cette expansion planétaire de la technique, la thèse de Heidegger cherche plutôt à être descriptive et questionnante. Il n’attend pas de l’homme qu’il se réapproprie ce développement. Il considère plutôt que ce développement correspond à une phase nécessaire de l’histoire profonde de l’humanité, qui ira inévitablement jusqu’à sa plus extrême possibilité.

Quelle est alors la puissance qui engendre le développement technique ? Heidegger répond en distinguant techniques ancienne et moderne. Un ancien moulin à vent se contente d’utiliser les énergies naturelles. Il n’est actif que lorsque le vent souffle. Une centrale hydraulique produit au contraire de l’énergie en continu, elle adapte le fleuve à ses besoins et stocke l’énergie produite. La nature est mise à son service, ainsi que les hommes qui veillent en permanence à son fonctionnement. Les hommes sont même constamment appelés à consommer cette énergie produite, dans nos sociétés techniques qui sont toujours des sociétés de consommation. La technique moderne apparaît alors comme une gigantesque entreprise de mise à disposition de toutes les énergies naturelles et humaines, au service d’une production irrésistible. Elle n’est pas une entreprise issue de la volonté humaine, mais selon Heidegger, une phase du destin de l’homme durant laquelle tout ce qui est doit être transformé en être-disponible. Nos téléphones portables servent à communiquer, mais leur vraie puissance est de nous rendre toujours et partout disponibles. La puissance technique travaille à mobiliser toujours plus fermement la totalité des êtres.