La vérité

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Classe(s) : Tle ST2S - Tle STI2D - Tle STL - Tle STMG | Thème(s) : La vérité
 

La vérité

Au ve siècle avant notre ère, Socrate montrait à ses concitoyens d’Athènes qu’il ne faut jamais renoncer à chercher la vérité. C’est pourquoi on le tient souvent pour le premier philosophe. Comme tous les savoirs, la philosophie chercherait donc à dire la vérité dans son domaine, mais elle aurait la spécificité de poser aussi les questions de la définition et de la valeur de la vérité.

1Comment définir la notion de vérité ?

Le plus souvent, les termes vrai ou faux sont employés pour qualifier nos pensées ou nos paroles. Ils désignent alors la qualité de la relation entre ce qui est dit et ce dont on parle : la pensée est vraie lorsqu’elle est dans un rapport de conformité avec ce dont elle parle, fausse lorsqu’elle ne correspond pas.

Mais vrai ou faux peuvent aussi qualifier directement les choses, comme lorsque je dis « C’est un vrai diamant ». Vrai signifie alors que cette pierre correspond à l’idée que je me fais d’un diamant.

 

Subjectif/Objectif

Un jugement est subjectif lorsque ce qu’il affirme est conditionné par celui qui parle (le sujet). Il est objectif si c’est seulement l’objet dont on parle qui détermine le jugement : « il fait froid » est subjectif, mais « il fait 5° » est objectif.

Dans les deux cas précédents, vrai désigne un rapport de correspondance ou de conformité entre une pensée et l’objet sur lequel porte cette pensée : « la vérité est l’adéquation de l’intellect et des choses » (Thomas d’Aquin 1227-1274). C’est la définition classique de la vérité, celle que nous utilisons lorsque nous affirmons que dire la vérité, c’est dire les choses comme elles sont ou comme elles se sont déroulées.

2Comment reconnaître la vérité ?

Si la vérité est la conformité entre une pensée et l’objet de cette pensée, reconnaître la vérité c’est savoir si cette conformité est là ou non. C’est le travail de la vérification, qui peut prendre deux formes selon que la pensée porte sur un objet qui peut être perçu par les sens ou par l’esprit.

Si nous parlons d’une chose visible, tangible…, le constat de la conformité se fera par nos sens qui devront se porter sur le fait dont il est question. On parlera alors d’une vérité de fait.

Mais un énoncé tel que « la somme des angles d’un triangle est égale à 180° » ne porte pas sur un triangle particulier mais sur le triangle en général. Une infinité de triangles est concernée, et il ne sert à rien de mesurer tel ou tel triangle car cette mesure ne pourra jamais se faire sur tous les triangles possibles. Il serait imprudent de penser que ce qui est vrai une fois ou plusieurs fois l’est toujours. La vérification ne peut se faire que par le raisonnement, en forme de démonstration.

3Pourquoi la vérité est-elle si difficile d’accès ?

Parmi tout ce qui peut faire obstacle à la vérité, nous pensons souvent aux difficultés liées à la complexité ou l’inaccessibilité de ce que nous cherchons à connaître. Ce sont des obstacles liés à l’objet étudié, des difficultés objectives. Mais nous oublions facilement les risques d’erreur qui viennent des insuffisances du sujet connaissant.

La première cause subjective d’erreur est de tenir trop vite pour vrai ce que nous n’avons pas assez observé ou démontré. Nous croyons avoir une certitude alors que nous n’avons qu’une opinion. Dans ses Méditations métaphysiques, Descartes (1596-1650) a montré qu’il fallait savoir mettre en doute nos opinions pour parvenir à la certitude.

Le préjugé est aussi un défaut subjectif, qui consiste à se fonder sur une affirmation tenue pour vraie avant tout examen (pré-juger). Il est souvent lié à un intérêt : les préjugés racistes sont en partie la conséquence de l’intérêt de croire à sa propre supériorité. Le préjugé n’est pas une erreur de raisonnement, il résulte de motifs affectifs.

Cette part des affects dans la connaissance peut aller jusqu’à l’illusion : si je désire tellement revoir une personne, je peux parfois croire la voir. C’est ici la perception sensible qui est faussée par le désir. L’illusion consiste à tenir pour vrai ce que nous aimerions être vrai.

 

Un préjugé complexe : l’obstacle épistémologique

Bachelard (1884-1962) a décrit une difficulté propre à la vérité scientifique, appelée « obstacle épistémologique ». Ce terme désigne les préjugés inconscients qui subsistent dans la science. Ils proviennent souvent d’une conception naïve ou magique du monde, confortée par les apparences de l’observation. Nous croyons par exemple que la flottaison des corps s’explique par une activité de ces corps, et non par la seule résistance de l’eau.

4La tentation du relativisme

Opinions, préjugés et illusions montrent que la vérité est difficile à connaître, mais il existe un argument plus radical qui affirme qu’elle n’existe pas. C’est l’argument relativiste. Il affirme que toute pensée est relative à la situation dans laquelle se trouve celui qui la formule. Or cette situation n’est jamais la même pour deux personnes différentes et à deux instants différents. Ce que je tiens pour vrai n’a pas à être considéré comme vrai par une autre personne ou à un autre moment. La connaissance serait donc intégralement subjective. C’est non seulement en fait mais aussi en droit qu’aucun accord sur la vérité ne peut être exigé.

Ceci ne concerne pas seulement les jugements subjectifs par lesquels les hommes expriment ce qu’ils ressentent, mais aussi les jugements objectifs de la science : le calcul de la vitesse d’un corps en physique dépend du mouvement dans lequel se trouve celui qui observe le mobile.

Le philosophe grec Socrate est célèbre pour avoir combattu cet argument, en s’opposant aux relativistes de son temps, que l’on appelait sophistes. Socrate montre que penser et dialoguer, c’est déjà supposer que la vérité existe, sinon je n’attacherais aucune valeur à ce que je pense, et je ne chercherais pas à échanger avec autrui. Le relativisme ne laisserait place qu’à des rapports de force entre les hommes. Il est moralement et pratiquement impossible de nier l’existence de la vérité.