Lagarce, Juste la fin du monde

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Classe(s) : 1re Générale | Thème(s) : Lagarce, Juste la fin du monde - Crise personnelle, crise familiale


La pièce met en scène les retrouvailles impossibles d’un personnage avec sa famille ; elle cherche à explorer l’intimité familiale à travers les méandres du langage. Depuis l’Antiquité, les dramaturges se servent des histoires de famille pour interroger la complexité des rapports humains.

I Connaître l’œuvre

1 L’auteur et le contexte

D’abord étudiant en philosophie, Jean-Luc Lagarce fonde le théâtre de la Roulotte à la fin des années 1970. Il met en scène des pièces contemporaines déjà reconnues (comme celles de Beckett ou Ionesco), puis ses propres créations.

S’inspirant en partie de sa vie, il publie Derniers Remords avant l’oubli en 1987 puis Juste la fin du monde en 1990, alors qu’il se sait déjà atteint du sida et condamné par la maladie. Il meurt en 1995, à 38 ans.

2 La composition et les enjeux

Ténue, l’intrigue se résume au retour de Louis auprès des siens après des années d’absence : celui-ci essaye d’annoncer sa mort prochaine − sans jamais y parvenir.

Chacun des membres de la famille s’exprime tour à tour dans des interventions qui tournent au monologue, voire au soliloque. La tension atteint son paroxysme au cours du face-à-face final entre Louis et son frère cadet Antoine.

L’écriture en versets, quasiment poétique, accentue la fragmentation du langage et souligne l’indicibilité des sentiments. En écho au prologue, l’épilogue clôt la pièce ; comme surgie d’outre-tombe, la voix de Louis regrette son éternel mutisme.

mots clés

• Le prologue est la partie située au début de la pièce où l’on expose le sujet.

• L’épilogue permet au contraire de clore l’intrigue dramatique.

II Comprendre le parcours

1 Soi-même face aux autres

Juste la fin du monde exhibe la solitude de personnages en décalage avec leur famille. Dans le théâtre antique déjà, c’est contre son oncle Créon qu’Antigone se dresse au nom de ses valeurs pour accorder des funérailles à son frère.

La famille enferme l’individu dans un rôle dont il est difficile de s’affranchir. Louis est un avatar dégradé du « fils prodigue » de la Bible : il croit à tort pouvoir renouer avec les siens et se faire pardonner son absence. Héros du Voyageur sans bagages d’Anouilh (1937), Gaston est un amnésique solitaire qui doit retrouver sa famille, mais choisit d’en intégrer une autre afin d’échapper à un passé qui l’écœure.

Chacun reste largement insondable pour les autres comme pour lui-même. La tragédie Incendies de Mouawad (2003) repose sur la quête effroyable de leurs origines par deux jumeaux nés de l’inceste et du viol. Dans Juste la fin du monde, Louis repart sans avoir pu confier sa mort imminente.

Citation

Au IVe siècle avant J.-C., dans sa Poétique, Aristote recommandait déjà de représenter des familles « dans lesquelles il s’est passé ou fait des choses terribles. »

2 Une communication difficile

« Rien ici ne se dit facilement » déclare Antoine. Chacun peine à trouver les mots justes et scrute les failles de sa parole. Dans Assoiffés de Mouawad (2007), Murdoch, un adolescent tourmenté, se heurte au silence de parents incapables de lui accorder de l’attention.

D’obscurs monologues témoignent des confusions de l’histoire familiale ; Louis subit les reproches de sa sœur et l’ironie de son frère. Dans Le Retour au désert (1988), Koltès donne également à voir la confrontation d’un frère et d’une sœur en proie au poids de leur passé.

Les mots se heurtent à l’hostilité de qui les recueille : Antoine est convaincu que Louis l’inonde « d’histoires ». Dans Papa doit manger (2003), Marie NDiaye met en scène les mensonges misérables d’un père qui, après dix ans d’absence, cherche à reprendre sa place dans une famille qui s’est reconstruite sans lui.

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