Le chômage résulte-t-il de dysfonctionnements sur le marché du travail ?

Merci !

Fiches
Classe(s) : Tle STMG | Thème(s) : Le chômage résulte-t-il de dysfonctionnements sur le marché du travail ?

Le chômage résulte-t-il de dysfonctionnements sur le marché du travail ?

En théorie, sur un marché du travail entièrement flexible, à l’équilibre, toutes les demandes de travail des employeurs et toutes les offres de travail des demandeurs d’emploi sont satisfaites, même si la rémunération est extrêmement faible. Selon la loi de l’offre et de la demande, il ne devrait donc pas y avoir de déséquilibre entre offre et demande de travail, et par conséquent, de chômage. Pourtant, dans la réalité, on observe l’inverse. Bien que le chômage soit difficile à mesurer, on peut se demander s’il ne résulte pas d’un dysfonctionnement sur le marché du travail.

1Comment fonctionne le marché du travail ?

A L’offre de travail


L’offre de travail d’une personne correspond à la force de travail qu’il propose à un employeur. L’offre de travail s’apprécie en quantité (mesurée par le temps de travail) et en qualité (sur la base des qualifications attestées par les diplômes et l’expérience acquise). Le choix d’offrir ou non sa force de travail, et donc d’accepter ou de refuser une offre d’emploi aux conditions proposées par un employeur, est une décision individuelle. Chaque individu dispose d’un temps limité qu’il arbitre entre travail et loisirs en fonction de ses intérêts, de ses opportunités et de ses revenus disponibles.

Ne confondez pas

L’offre de travail du demandeur d’emploi avec l’offre d’emploi de l’employeur.

La demande de travail provient de l’employeur qui a besoin de facteurs de production alors que celui qui offre son travail est celui qui recherche un emploi.

L’offre de travail dans un pays est constituée de toutes les offres de travail individuelles proposées sur une période donnée. Toutes les personnes en âge de travailler qui recherchent un emploi et celles qui ont un emploi constituent donc l’offre de travail. Par conséquent, cette offre correspond à la force de travail de la population active.

Contrairement à l’analyse de l’offre de travail au niveau individuel, le volume de travail offert sur le marché du travail ne dépend pas de la seule volonté de l’offreur. L’organisation sociale et la législation influencent directement l’offre de travail dans un pays et cela d’un point de vue qualitatif et quantitatif.

La qualité du travail résulte de la qualité du système éducatif et de l’investissement de ceux qui apprennent.

La quantité de travail disponible dépend de la démographie et de la législation. Si la population augmente, la population active s’accroît mécaniquement. Si l’âge légal du travail est abaissé et que l’âge de départ à la retraite est retardé, alors le taux d’activité de cette population est augmenté.

La population active et le taux d’activité influencent l’offre d’emploi. La population active est l’ensemble des personnes légalement en âge de travailler disposant d’un emploi ou étant à la recherche d’un emploi.

Remarque

Il est possible de calculer des taux d’activité en fonction du sexe ou de l’âge. Le taux d’activité des femmes à fortement augmenté, il passe de 53 % en 1975 à 67 % en 2012. À l’inverse, sur la même période, celui des hommes diminue de 84 % à 75 %

Le taux d’activité en % = 12934_eq001

Effectifs et taux d’activité pour l’ensemble des personnes de 15 à 64 ans

PB_9782216129348_T_STMG_01_Eco_Droit_Tab_6

Champ : France métropolitaine, population des ménages, personnes de 15 à 64 ans.

Note : données corrigées pour les ruptures de série.

Source : Insee, enquêtes Emploi 2013, publiée sept. 2014.

L’offre de travail est croissante en fonction de la rémunération car plus celle-ci est élevée, plus le désir d’obtenir un emploi serait fort.

B La demande de travail


À savoir

Le coût du travail en France fait l’objet d’un débat récurrent. Pour certains, il est trop élevé et l’abaisser permettrait d’être plus compétitif en augmentant la demande de travail. Pour d’autres, c’est un faux problème car la productivité élevée du travail en France compenserait largement ce coût malgré une durée légale du travail relativement faible par rapport à nos principaux partenaires économiques.

La demande de travail d’un employeur est la quantité de travail qu’il souhaite acquérir sur le marché du travail pour réaliser sa production de biens ou de services. Cette demande est le résultat des choix de production du dirigeant et de sa perception de la demande future. Cette demande est appelée demande effective anticipée. Pour réaliser une quantité produite donnée, le dirigeant peut choisir de combiner les facteurs de travail et le capital, en proportions plus au moins grandes. Si la combinaison productive comporte moins de travail et qu’elle est plus intensive en capital, la productivité du travail sera alors plus grande grâce aux machines. Il faudra par conséquent une main-d’œuvre plus qualifiée mais moins nombreuse pour réaliser les quantités à produire. La quantité de travail demandée sera alors moins grande.

La demande de travail dans un pays résulte donc de l’anticipation des quantités à produire par l’ensemble des producteurs en tenant compte des coûts des facteurs de production et du niveau de la technologie employée.

Un coût du travail élevé est réputé décourager la demande de travail alors qu’un coût du travail faible aurait les effets inverses. La demande de travail est donc décroissante en fonction du coût du travail.

Salaire mensuel minimum dans les pays de l’Union européenne en 2014

PB_9782216129348_T_STMG_01_Eco_Droit_Tab_5

(1) : coût horaire par salarié en équivalent-temps plein (hors apprentis) dans les entreprises de l’industrie, de la  construction et des services (hors administration publique, défense et sécurité sociale obligatoire).

Source : Eurostat (extraction du 1er décembre 2014).

C Les négociations salariales


La négociation salariale est par principe libre. Cependant, le niveau de salaire est le résultat d’une négociation à plusieurs niveaux :

– au niveau national, les représentants des employeurs et des salariés concluent des conventions collectives qui déterminent les conditions d’emploi par branche d’activité. Ces négociations collectives déterminent notamment des grilles salariales en fonction des niveaux de responsabilité et de qualification ;

– au niveau individuel, employeur et salarié s’accordent en tenant compte des négociations collectives nationales et des contraintes légales en matière de salaire. Le salaire fixé ne peut pas être inférieur au salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC). Il est de 1 457,50 € brut par mois sur la base de 35 H par semaine au 1er janvier 2015 (soit 9,61 € brut de l’heure).

D Les emplois typiques et atypiques


Les demandes et les offres de travail ont des caractéristiques très diverses et il est difficile de mesurer de façon homogène l’offre de travail. Ainsi, on distingue des contrats de travail à durée indéterminée (CDI), d’autres à durée déterminée (CDD), d’autres encore à durée temporaire (CTT) et enfin, différentes formes d’emplois à temps partiel. Le contrat de travail à durée indéterminée est le contrat typique. Il procure une relation au travail normale qui assure une stabilité des moyens de subsistance des salariés.

Les autres formes de contrats de travail : CDD, CTT et contrats à temps partiel, sont dits « ­atypiques ». La durée de travail y est limitée dans le temps. Leur usage est très réglementé. Ils se développent depuis 30 ans et représentent environ 22 % de la population active en 1999. Leur fonction est d’introduire de la flexibilité en permettant de mieux ajuster l’offre de travail à la demande d’emploi en fonction des fluctuations de l’activité économique.

La flexibilité que les contrats atypiques introduisent sur le marché du travail a un effet négatif : l’augmentation de la précarisation des salariés. Nous ne sommes pas tous égaux face au chômage. Statistiquement en France, le profil type du chômeur est une femme seule, jeune et peu qualifiée. Depuis la crise de 2008, on observe une convergence des taux de chômage en fonction du sexe, en France et dans d’autres pays européens.

Une chronologie des formes d’emploi

12934_Econo_30_stdi

Source : Conseil d’orientation pour l’emploi.

2Les explications principales du chômage

A Le chômage et le taux de chômage


Le chômage est l’ensemble des personnes de 15 ans et plus qui n’ont pas d’emploi et en recherchent un. C’est un phénomène très difficile à mesurer car il existe plusieurs définitions du demandeur d’emploi en fonction des organismes chargés d’établir des statistiques et de la diversité des situations de travail ou d’activité.

En France, on retient deux sources principales : d’une part, les statistiques mensuelles du ministère du Travail élaborées à partir des fichiers de demandeurs d’emploi enregistrés par Pôle Emploi, et d’autre part, l’enquête Emploi de l’Insee qui mesure le chômage au sens du Bureau international du travail (BIT). La deuxième mesure est utilisée pour établir des comparaisons internationales.

Pour suivre l’évolution du chômage, on calcule un taux de chômage. Le taux de chômage est le rapport exprimé en pourcentage entre le nombre de chômeurs et la population active.

Taux de chômage en % = 12934_eq002

Taux de chômage au sens du BIT

12934_Econo_31_stdi

Estimation à  ± 0,3 point près du niveau du taux de chômage et de son évolution d’un trimestre à l’autre.

Champ : population des ménages, personnes de 15 ans ou plus.

Source : Insee, enquête Emploi, 5 mars 2015, Info. rapide n° 52.

Le chômage est le signe qu’il y a un déséquilibre entre l’offre de travail et la demande de travail des employeurs. Si la demande de travail est inférieure à l’offre de travail, cela signifie que les offres d’emploi sont inférieures aux demandes d’emploi. La différence est le nombre de chômeurs. Si l’offre de travail est égale aux demandes de travail, alors le marché du travail est en situation dite de « plein-emploi ».

B La flexibilité du marché du travail


Lorsque le marché du travail est insuffisamment flexible, le coût du travail ne peut pas atteindre une situation d’équilibre. Soit les salaires sont trop faibles pour les offreurs de travail (c’est-à-dire pour les demandeurs d’emploi), qui préfèrent ne pas conclure de contrat de travail, soit les salaires demandés sont trop élevés pour les demandeurs de travail (c’est-à-dire les offreurs d’emploi), qui préfèrent également ne pas conclure de contrat de travail en recherchant une combinaison productive alternative. Un déséquilibre se crée alors entre l’offre et la demande d’où résulte le chômage.

L’offre et la demande sont plus ou moins rigides et s’adaptent plus ou moins vite l’une à l’autre. La vitesse d’ajustement dépend de l’adéquation entre les qualifications proposées et celles demandées ainsi que de la nature des contrats : à durée indéterminée ou non. Les déséquilibres sont donc ainsi plus ou moins durables. Cela influe sur la durée et l’importance du chômage.

On parle de chômage frictionnel ou naturel pour la part du taux de chômage qui dépend du temps de recherche d’un emploi sur le marché du travail. Ce temps est plus ou moins long en fonction du type d’emploi recherché. En France, le taux de chômage frictionnel était estimé à 3,5 % en 2001 (selon une étude de Jean Pisani-Ferry). Le chômage frictionnel existe même en situation de quasi plein-emploi. De ce fait, on considère qu’on est en situation de plein-emploi quand le taux de chômage est inférieur à 5 %.

L’action de l’État influence plus ou moins la flexibilité du marché du travail. Si l’État impose une rémunération minimum, les offres d’emploi à un niveau de salaire inférieur ne peuvent pas être satisfaites car elles sont illégales, même si des demandeurs d’emploi sont prêts à les accepter. Pour certains, le SMIC serait donc responsable d’une partie du chômage. Par conséquent, si l’État favorise par une législation permissive des entrées et des sorties faciles du marché du travail, il est alors plus simple d’ajuster l’offre de travail à la demande de travail dans l’économie.

Le marché du travail

12934_Econo_01_stdi

Source : Frédéric Ginoux.

C Le chômage conjoncturel et structurel


Le chômage conjoncturel résulte d’une baisse de l’activité économique qui conduit à une diminution de la demande de travail des employeurs. Lorsque l’activité reprend, le taux de chômage diminue. Compte tenu des anticipations des entrepreneurs, on observe, au niveau macro-économique, un décalage entre l’évolution de la production mesurée par le produit intérieur brut (PIB) et l’évolution du taux de chômage. S’il n’y a pas de reprise de l’activité, le chômage conjoncturel peut durer et avoir des conséquences structurelles. Par exemple, l’une de ces conséquences pourrait être une inadaptation des salariés aux conditions futures du fait d’une déqualification pendant la période de chômage.

Le chômage devient structurel quand il y a une inadaptation durable des qualifications de la main-d’œuvre par rapport à la demande de travail des employeurs. Le calcul du NAWRU (Non Accelerating Wage Rate of Unemployment) est une mesure indirecte du chômage structurel. En France, en 2013, il serait proche de 9,5 %.

Les progrès technologiques peuvent également conduire à un chômage structurel et accentuer le phénomène. Comme l’a montré l’économiste John Maynard Keynes, il peut aussi se former des équilibres de sous-emploi. Ce phénomène s’observe dans le cas où les demandes de travail sont toutes satisfaites mais pas les offres, car entre-temps, les entrepreneurs ont réalisé des investissements de modernisation qui accroissent la productivité du travail et diminuent le besoin en main-d’œuvre non qualifiée. Structurellement, il faut ainsi de plus en plus de croissance pour créer un même volume d’emplois et donc diminuer le taux de chômage. De plus, le niveau de qualification demandé sur le marché du travail s’élève avec la complexité technique, ce qui exclut les demandeurs d’emploi les moins qualifiés.

Ce phénomène ne touche pas les secteurs d’activité de la même façon car certains ont des difficultés à recruter malgré un taux de chômage relativement élevé.