Le désir

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Classe(s) : Tle ES - Tle L - Tle S | Thème(s) : Le désir

1 Répression traditionnelle du désir

Désir, corps et tentation

Dans l’histoire de la philosophie, le désir a été longtemps conçu comme niant ce qu’il y a de plus noble dans l’homme.

  • Platon le comprend comme absence de plénitude (dans son acception érotique, il résulte, ainsi que le rapporte le mythe d’Aristophane dans Le Banquet, de la séparation d’un androgyne primitif qui trouvait en lui-même toute satisfaction) et comme symptôme d’une prédominance du corps sur l’âme. Soumis à la concupiscence, les artisans, dans La République, sont exclus de l’organisation communautaire . Les Épicuriens eux-mêmes conseillent de ne pas céder aveuglément à tous les désirs : seuls doivent être satisfaits ceux reconnus comme « naturels et nécessaires » (manger, boire, dormir), puisqu’ils garantissent notre survie ; mais au-delà, il convient de se méfier, ou de refuser la tentation.
  • La mentalité chrétienne privilégie à son tour la dimension spirituelle de l’être humain. Elle condamne en conséquence massivement le désir parce qu’il dépend de « la chair » : « Que le péché ne règne plus dans votre corps mortel pour vous faire obéir à ses convoitises » (Épître aux Romains). Dans cette optique, la réalité du désir amoureux est niée : toute relation sexuelle qui ne satisferait qu’un pur désir, sans se réaliser dans la reproduction, désigne un abaissement vers l’animalité.

2 Revalorisation relative du désir

Le désir crée la valeur

Cette dévalorisation massive peut être abandonnée si l’on conçoit le désir comme correspondant à l’essence même de l’homme, et dès lors, comme créateur de valeur. « Nous jugeons, écrit Spinoza, qu’une chose est bonne, parce que nous faisons effort vers elle, que nous la voulons et tendons vers elle par appétit ou désir. » On en vient ainsi à penser que la valeur naît de l’activité désirante de l’homme : elle ne dépend plus d’une transcendance (qu’il s’agisse de l’univers des Idées platoniciennes, ou de l’Être divin).

Répression ou exaltation du désir

  • Alors même que la psychanalyse montre amplement l’efficacité du désir dans la pensée ou la vie quotidienne, Freud s’inscrit en dernière analyse dans une conception assez classique du désir, qui doit toujours selon lui s’effacer devant les exigences du social. Le névrosé, qui souffre de relations antérieures avec autrui mal intégrées dans son inconscient, sera guéri par la cure analytique lorsqu’il concevra les dérives de son désir polymorphe comme injustifiées et illégitimes.
  • Les surréalistes retiennent de la psychanalyse l’hypothèse de l’inconscient et l’importance accrue de la notion de désir, mais refusent son ambition thérapeutique : leurs pratiques artistiques auront souvent pour enjeu de montrer comment le désir donne aux objets et au quotidien une coloration d’une richesse insoupçonnée.

3 Désir et société

Désir et consommation

Si la satisfaction d’un désir ne concerne que l’individu, on en déduit aisément qu’elle privilégie l’égoïsme, et la question peut être posée de savoir comment s’articuleraient des satisfactions égoïstes dans une société : ne risquent-elles pas d’être contradictoires ? On peut, avec Hegel, noter que je désire ce qui a déjà été désiré par un autre ; et force est de constater que, dans les sociétés modernes, ce principe trouve son application dans la publicité, qui suscite chez tout un chacun des désirs dont la satisfaction renforce simultanément l’individualisme et le sentiment d’appartenance à un groupe. Il existe ainsi une exploitation économique de la faculté de désirer.

Le désir conteste l’ordre établi

  • Dès lors qu’il instaure la valeur de son objet, le désir peut, s’il émane authentiquement de l’individu lui-même, s’orienter vers de nouveaux objets, et ainsi élaborer d’autres valeurs. C’est en quoi il conteste toute organisation, sociale ou politique, qui se prétendrait définitivement satisfaisante. Un pouvoir qui ne donne à ses sujets que « du pain » – pour les besoins – et « des jeux » – pour les désirs – suppose l’écrasement complet des désirs individuels, comme le montre déjà 1984 de George Orwell.
  • Mais la faim renaît et les désirs n’en finissent pas de viser des objets nouveaux, au-delà de ceux déjà valorisés. On peut alors considérer qu’ils constituent le fondement même d’une dimension « utopique » de l’homme, et que notre incapacité à les combler définitivement est la marque de l’humanité, de notre éloignement de l’animalité, de notre inscription dans une histoire qui est toujours en cours et de notre appartenance à une culture. Un désir sans obstacles deviendrait peut-être vide, mais il est certain qu’un homme sans désir ne connaîtrait qu’une existence au rabais.