Le jeu des puissances dans un espace mondialisé de 1945 à nos jours

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Classe(s) : Tle STMG | Thème(s) : Le jeu des puissances dans un espace mondialisé de 1945 à nos jours

Le jeu des puissances dans un espace mondialisé de 1945 à nos jours

La Grande Alliance qui rassemblait les États-Unis et l’URSS depuis la Seconde Guerre mondiale prend fin en 1945. Un nouveau contexte international se précise en 1946 : la guerre froide. Quels sont les moments forts de cette nouvelle forme de conflit ?

1La naissance de la guerre froide : 1947-1949


Dès 1946, Churchill annonce qu’un « rideau de fer » coupe désormais l’Europe en deux parties rivales : l’Ouest sous influence américaine et l’Est sous contrôle soviétique. L’année 1947 marque le début de la guerre froide. Ce nouveau genre de conflit oppose les États-Unis à l’URSS. Leur affrontement divise le monde en deux camps adverses : c’est la bipolarisation. Les deux supergrands s’opposent idéologiquement sans s’affronter directement sur le plan militaire. L’instauration en Europe de l’Est des dictatures communistes appelées « démocraties populaires » montre la volonté stalinienne de construire un bloc socialiste opposé au bloc libéral et capitaliste des États-Unis.

Cette opposition Est/Ouest se confirme lorsque le président américain Harry Truman élabore en mars 1947 sa doctrine du « containment » (endiguement) visant à limiter la propagation du communisme dans le monde. En réponse, le responsable soviétique Jdanov accuse les États-Unis d’« impérialisme ». Les deux supergrands se lancent dans la construction de leur bloc et dans la course aux armements. Deux modèles politiques et économiques contraires s’affrontent désormais. Les États-Unis prônent le libre-échange et l’économie de marché (capitalisme) tandis que l’URSS défend le communisme et l’économie planifiée (nationalisations des biens de production et collectivisation des terres). Les États-Unis entendent défendre les droits de l’homme, les libertés fondamentales, le multipartisme et le principe des élections libres alors que l’URSS instaure autoritairement le système du parti unique au nom de l’idéal socialiste et soviétique qui vise l’égalité entre les hommes. Aux démocraties libérales occidentales s’opposent donc les « démocraties populaires », c’est-à-dire les dictatures communistes voulues par Staline en Europe de l’Est (processus de satellisation).

La guerre froide se manifeste tout d’abord en Allemagne, pays partagé entre les Alliés en 1945. Les trois secteurs américain, français et britannique décident leur unification en juin 1948 (formation de la trizone). En riposte, Staline met en place le blocus terrestre de Berlin-Ouest occupée par les Occidentaux. Les Américains établissent un ravitaillement de la ville par voie aérienne. L’échec du blocus conduit en 1949 à la naissance de deux États. La RFA (République fédérale d’Allemagne) s’oppose à la RDA (République démocratique allemande) qui devient une vitrine du socialisme soviétique.

Chronologie de la construction des blocs soviétique et américain

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Berlin, un enjeu de la guerre froide

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L’évolution de l’Allemagne de 1947 à 1949

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L’Europe qui se divise de 1945 à 1949

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2La fin du monde bipolaire et le réveil des nationalismes depuis 1991

A Les raisons de l’achèvement de la bipolarisation


Perestroïka et Glasnost : il s’agit des réformes entreprises en URSS par M. Gorbatchev à partir de 1985-1986. Le premier terme désigne la « restructuration » économique (introduction d’une dose de capitalisme) et le second la « transparence », c’est-à-dire la relative libéralisation du régime.

À partir de 1985-1986, le nouveau dirigeant de l’URSS, Mikhaïl Gorbatchev, lance un grand programme de réformes, la Glasnost et la Perestroïka, tout en renonçant au contrôle soviétique sur les démocraties populaires. Son intention est de sauver l’URSS d’une double crise économique et politique qui menace son existence même. Pour réduire les dépenses militaires engendrées par la guerre froide, il se rapproche des États-Unis (détente) avec lesquels l’URSS signe des accords de désarmement à partir de 1987. La guerre froide semble se terminer.

B La disparition des démocraties populaires en 1989


La dynamique de dialogue entamée par M. Gorbatchev avec les États-Unis s’accompagne d’un renoncement à contrôler les démocraties populaires. Les régimes communistes se libéralisent (Pologne et Hongrie) sous la pression de l’opinion publique. La chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989, puis des dernières dictatures en place (chute du dictateur roumain Ceaucescu le 25 décembre 1989) met fin à la bipolarisation de l’Europe. Le « rideau de fer » est tombé.

C La fin de l’URSS et de l’ordre bipolaire : 1991


L’URSS ne survit pas à la guerre froide. Les réformes gorbatchéviennes ont engendré une aggravation de la situation politique et économique du pays. Les communistes « conservateurs » reprochent à leur dirigeant son audace réformiste tandis que les « radicaux » réclament davantage de libéralisation. Victime d’une tentative de coup d’État en août 1991, Gorbatchev voit son autorité limitée par l’émergence du président de la République de Russie, Boris Eltsine. Celui-ci impose en décembre 1991 la naissance de la CEI (Communauté des États indépendants) qui met un terme à la prédominance du Parti communiste, à l’existence de l’URSS et aux fonctions de M. Gorbatchev, contraint de démissionner le 25 décembre 1991.

3De nouveaux rapports de force de 1991 au début du xxie siècle


La disparition des régimes communistes d’Europe en 1989 et l’implosion de l’URSS en 1991 contribuent au réveil des nationalismes. Les États multiethniques se fissurent sous la pression des revendications indépendantistes. À l’inverse de l’Allemagne qui se réunifie, la Tchécoslovaquie se scinde pacifiquement en deux pays (République Tchèque et Slovaquie) en 1993. Du démembrement de la Yougoslavie entamé en 1991 naissent sept nouveaux États. Ce phénomène s’opère dans la guerre (1992-1995). La disparition du soviétisme déstabilise certaines régions comme le Caucase. Les trois nouveaux États (Géorgie, Arménie et Azerbaïdjan) sont confrontés à de grandes difficultés politiques et demeurent dans « l’espace proche » de la Fédération de Russie qui lutte contre le sécessionnisme des Tchétchènes (guerres de 1994-1996 et 1999-2000). La fin du communisme apparaît comme un facteur de déstabilisation du nouvel ordre mondial qui se met en place après 1991.

La disparition de l’ordre bipolaire est marquée par une multiplication des tensions entre le Nord (États très développés) et le Sud (États en développement). C’est dans ce nouveau contexte international que les États-Unis affirment leur point de vue et qu’ils défendent prioritairement leurs intérêts stratégiques. Cet unilatéralisme américain se manifeste notamment en 2003 lors de l’invasion de l’Irak réalisée sans l’autorisation du Conseil de sécurité de l’ONU.

Le monde de l’après guerre froide bascule dans de nouvelles formes de conflictualité. Le terrorisme prend plusieurs formes. Il s’attaque aux réseaux informatiques (cyberterrorisme), menace les centres névralgiques des métropoles mondiales (hyperterrorisme) comme à New York le 11 septembre 2001. Conduit dans un but politique, le terrorisme se revendique parfois d’une religion (terrorisme confessionnel) comme ce fut le cas lors de l’attentat commis à Paris contre un organe de presse en janvier 2015.

En 2013, le terrorisme a engendré la mort de 18 000 personnes. 80 % d’entre elles habitaient cinq pays : l’Irak, l’Afghanistan, le Pakistan, le Nigeria et la Syrie.

L’interventionnisme des États-Unis n’exclut pas l’affirmation de nouvelles puissances régionales ou nationales. L’Union européenne s’organise toujours plus efficacement. Les pays émergents comme le Brésil et l’Inde bouleversent la hiérarchie mondiale. La Chine est ainsi devenue la deuxième puissance économique mondiale et rivalise de plus en plus avec les États-Unis.

Pièges et difficultés

Ne pas confondre

URSS et Russie : l’Union des Républiques socialistes soviétiques (URSS), née de la révolution de 1917, est un État fédéral qui de 1922 à 1991 regroupa essentiellement quinze Républiques fédérées. La Russie était la plus importante d’entre elles sur les plans économique, démographique et politique. Elle acquit son indépendance en décembre 1991, ce qui mit fin à l’URSS dont elle se présente pourtant comme l’héritière.

Patriotisme et nationalisme : le patriotisme est le simple attachement d’un individu ou d’une communauté pour un pays considéré comme la patrie (la « terre des aïeux »). Le nationalisme est l’exaltation de l’idée de nation. Cette idéologie considère tout élément étranger comme un danger ou un rival. Le nationalisme réclame l’unité de la nation en lutte contre un adversaire supposé nuisible. Il apparaît donc comme une forme exacerbée du patriotisme.

4Sujet d’étude n° 1 : le Moyen-Orient et le pétrole


Le Moyen-Orient est la première région pétrolière de la planète. Le premier gisement a ouvert en Iran en 1908. Placé sous l’autorité de l’empire ottoman jusqu’à la Première Guerre mondiale, le Moyen-Orient est en grande partie occupé par la France (Liban et Syrie) et le Royaume-Uni (Palestine, Transjordanie, Irak et Koweït) qui tentent de se partager les ressources naturelles. Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, les compagnies pétrolières françaises, britanniques et américaines entrent en compétition pour obtenir des concessions. Cette rivalité suppose néanmoins des accords comme ceux tenus à Achnacarry (en Écosse) en 1928. La Royal Dutch Shell (compagnie anglo-hollandaise), la Standard Oil of New Jersey (future Exxon) et l’Anglo-Persian Oil Company (future British Petroleum) se partagent l’exploitation pétrolière, évitent une trop forte concurrence entre elles et forment ainsi un véritable cartel. Le pétrole fait donc du Moyen-Orient une zone sous influence occidentale dès l’entre-deux-guerres. La domination politique directe ou indirecte sert les intérêts économiques européens et américains.

Après la Seconde Guerre mondiale, la demande de pétrole s’accroît considérablement. Sept grandes compagnies pétrolières, appelées les majors, se partagent le marché. Les pays producteurs du Moyen-Orient veulent davantage profiter de la manne pétrolière. Le gouvernement iranien nationalise en 1951 l’industrie pétrolière et négocie de nouveaux contrats plus avantageux avec les compagnies occidentales. En 1960, est décidée à Bagdad la création de l’OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole) chargée de mieux défendre les intérêts des États producteurs. En octobre 1973, six États du Golfe décident de quadrupler le prix du pétrole et de nationaliser les champs d’extraction : c’est le premier choc pétrolier. Un second intervient en 1979 qui triple les prix. Les compagnies pétrolières occidentales n’ont plus les pleins pouvoirs. Les États moyen-orientaux s’affirment sur la scène internationale au détriment des pays fortement consommateurs qui tentent de trouver des solutions à leur dépendance au sein de l’AIE (Agence internationale de l’énergie) fondée en 1974.

Depuis les années 1980, le pétrole demeure un enjeu fort au Moyen-Orient. Il se trouve à l’origine des trois guerres du Golfe : le conflit territorial entre l’Iran et l’Irak de 1980 à 1988 (contrôle de la région de Bassorah, riche en pétrole), la guerre punitive de la coalition internationale contre l’Irak en 1991 suite à l’invasion par celui-ci du Koweït durant l’été 1990 et enfin la guerre préventive de 2003 conduite par les États-Unis contre le régime de Saddam Hussein. La maîtrise par les États-Unis de leur approvisionnement en pétrole est de nouveau mise en cause en 2014 par le développement de l’État islamique. Cette organisation djihadiste gagne 800 millions de dollars par an grâce au pétrole et se présente comme un grave facteur de déstabilisation de toute la région.

Le pétrole dicte encore aujourd’hui la géopolitique du Moyen-Orient. Les États-Unis contrôlent les passages stratégiques comme le détroit d’Ormuz où stationne leur 5e flotte. Le Moyen-Orient demeure l’une des principales régions du monde où s’affirme depuis la fin de la guerre froide le leadership américain. La sécurisation des zones d’approvisionnement reste une priorité. L’exploitation et le transport des hydrocarbures autour de la Caspienne, au nord de l’Iran, oblige désormais les États producteurs et consommateurs à former des alliances, ce qui alimente la « diplomatie du pipeline » consistant à négocier le tracé des oléoducs et des gazoducs qui traversent les frontières.

Le pétrole assure au Moyen-Orient son développement économique et constitue un enjeu mondial. Néanmoins, il contribue à mettre la région sous pression et constitue un facteur important de déstabilisation et de fracturation.

Petite chronologie de l’histoire du pétrole au Moyen-Orient

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Le golfe Persique et les routes du pétrole

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5Sujet d’étude n° 2 : l’Amérique latine entre domination des États‑Unis et remise en cause de leur leadership


La domination par les États-Unis de l’Amérique latine n’est pas nouvelle. Dès le xixe siècle, ils ont considéré celle-ci comme leur « chasse gardée » (doctrine Monroe de 1823). Après la Seconde Guerre mondiale, dans le contexte de la guerre froide, le continent sud-américain a constitué une pièce maîtresse du bloc étatsunien édifié afin de lutter contre l’influence de l’URSS. L’embargo mis en place en 1962 contre le régime castriste de Cuba témoigne de la volonté de contrôler la région afin d’éviter qu’elle ne tombe dans le camp communiste. Le soutien des États-Unis à des dictatures antimarxistes, comme au Chili à partir de 1973, a permis d’affirmer le leadership américain.

Dans les années 1980, l’engagement d’un certain nombre d’États sud-américains dans la transition démocratique engendre l’émergence de forts courants contestataires. Au Venezuela, depuis 2000 et jusqu’à sa mort en mars 2013, le président socialiste Hugo Chavez a mis en cause l’ingérence états-unienne et a défendu l’idée d’une « union sud-américaine ». En Bolivie, le président Evo Morales rejoint en 2006 les positions antiaméricaines de Chavez en procédant à la nationalisation partielle de l’industrie pétrolière. L’objectif est que l’exploitation des ressources profite prioritairement aux populations nationales plutôt qu’aux FMN états-uniennes.

La montée en puissance du Brésil depuis les années 2000 contribue à fragiliser le leadership américain. État le plus vaste et le plus peuplé du continent, le Brésil est devenu un pays émergent, membre des BRICS, et qui tente de faire contrepoids à l’influence des États-Unis. Il occupe une position centrale au sein du MERCOSUR (marché commun sud-américain) et souhaite depuis les années 2000 davantage d’autonomie du continent vis-à-vis du géant nord-américain. La présidence de Lula (2003-2011) a consisté à privilégier la coopération Sud-Sud et à atténuer la dépendance à l’égard des États-Unis. L’actuelle présidente du Brésil, Dilma Rousseff, poursuit dans cette voie. Détenteur du septième PIB mondial, juste derrière la France, le Brésil explore toutes les possibilités économiques et politiques de s’affirmer à l’échelle de l’Amérique du Sud et désormais dans le monde. L’échec des États-Unis à mettre en place une zone de libre-échange (ZLEA) avec les pays sud-américains montre que la rivalité entre le Nord et le Sud passe par la formation et la consolidation d’ensembles économiques régionaux tels que le MERCOSUR.

Huit États latino-américains, notamment socialistes, se regroupent pour contrer l’influence des États-Unis. L’Alliance bolivarienne pour les Amériques (ALBA) créée en 2005 rassemble le Venezuela, la Bolivie, Cuba, l’Équateur, le Nicaragua et quelques États insulaires. Le Marché commun centre-américain (MCCA) fondé en 1960 a été redynamisé au début des années 1990 et bénéficie à 35 millions d’habitants de l’Amérique centrale. L’Union économique caraïbe ou encore Communauté caribéenne (CARICOM) a été réorganisée en 2001 afin d’en renforcer la cohérence économique. Le continent sud-américain tente donc de se libérer de la tutelle économique et géostratégique des États-Unis de différentes manières : en développant un discours anti-américain, en accentuant son développement et en multipliant ses sous-ensembles économiques. Cette affirmation de l’Amérique latine suppose à la fois de faciliter les échanges intracontinentaux et de faciliter son intégration à la mondialisation. À l’occasion du 7e Sommet des Amériques d’avril 2015, les dirigeants de Cuba (Raoul Castro) et des États-Unis (Barack Obama) opèrent un rapprochement officiel de leurs deux pays. Cette nouvelle entente marque une nouvelle étape des relations entre le Nord et le Sud. L’héritage de la guerre froide s’éloigne un peu plus. La question de la levée de l’embargo américain sur Cuba va sans doute faire l’objet de vives négociations entre les deux pays mais aussi en leur sein.

L’Amérique du Sud depuis les années 1980-1990 : une nouvelle donne

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Bien repérer sur la carte

Les moyens d’influence des États-Unis (ALENA, immigration de travailleurs et rayonnement).

La géographie des ensembles économiques régionaux : MCCA en Amérique centrale, CARICOM dans la zone caraïbe insulaire et en bordure du continent, états associés au MERCOSUR en Amérique andine.

Le chevauchement de certains ensembles (le Venezuela est à la fois membre du ­MERCOSUR et de l’axe bolivarien) pour des raisons économiques et politiques.

La présence européenne (territoire de la Guyane française et échanges vers l’UE).