Le langage

Merci !

Fiches
Classe(s) : Tle ES - Tle L | Thème(s) : Le langage

1 Langage et communication animale

Langage et pensée

Descartes affirme que le langage n’appartient qu’à l’homme, parce qu’il est le seul à penser : l’animal peut émettre des sons, mais il ne parle pas, il n’est pas capable de justifier ce qu’il dit (en le reformulant) et de prouver qu’il en maîtrise la signification.

La double articulation

  • La linguistique – qui a pour objet l’étude scientifique du langage – aboutit à un constat semblable en montrant que le langage est un système de communication caractérisé par une double articulation, impossible aux animaux. Évoquer un système, c’est signaler l’existence d’unités isolables, en nombre constant, constitutives de tous les messages, mais aussi celle de règles stables pour combiner ces unités. Quant à la double articulation, elle désigne le fait qu’un message est décomposable en monèmes (unités dotées d’une forme sonore et d’un sens) et en phonèmes (unités minimales d’articulation dénuées de sens) : « parlons » est ainsi constitué de deux monèmes (parl/ons) et de cinq phonèmes (p/a/r/l/ons – puisque je peux articuler, sans me soucier d’un sens : darlons, pirlons, paflons, etc.).
  • Cet aspect combinatoire n’existe pas chez les animaux, incapables de produire de nouveaux messages en combinant des extraits de ceux dont ils disposent. Comme chaque langue utilise un nombre restreint de phonèmes (quelques dizaines) pour composer un nombre potentiellement infini de messages, le système est particulièrement économique et performant.

2 Les mots et les choses

Arbitraire du signe linguistique

  • Dans le Cratyle, Platon pose la question qui peut préoccuper chaque locuteur : existe-t-il une ressemblance entre les mots et les choses ? L’affirmer, comme le fait Cratyle, c’est en un sens garantir que la langue coïncide avec le monde et en constitue une première connaissance. Le nier, comme Hermogène, c’est admettre – à la façon de la linguistique – que le signe linguistique est arbitraire, qu’il n’est lié par aucune analogie à ce qu’il désigne. La diversité des langues le confirme : ce que je nomme « chien » est dit, ailleurs, « dog ».
  • Le langage instaure un univers symbolique qui évoque le monde en son absence. Cette distance me permet de parler sans être déterminé par la situation actuelle (Descartes le soulignait), et de mentir (grâce à la fonction que la linguistique qualifie d’« appellative », à laquelle recourt l’acteur, ou le poète tel que le comprend Valéry).

Les mots découpent le monde

Réfléchissant sur la formation progressive des langues, Rousseau constate que les vocabulaires initiaux devaient être plus importants que les nôtres : incapable de faire abstraction des qualités sensibles caractérisant chaque objet, l’esprit ne pouvait mettre au point que des noms propres ; ce n’est que peu à peu que la raison élabore des concepts généraux, qui négligent les apparences immédiates. Une fois ce travail effectué, ma relation au monde, les objets que j’y peux repérer, dépendent de la richesse de mon vocabulaire : le langage instaure un découpage initial de ce qui m’environne. C’est pourquoi les vocabulaires scientifiques croissent en fonction des découvertes. Tout phénomène nouveau suscite un nouveau mot (pour classer les espèces vivantes, il faut aujourd’hui plusieurs millions de termes).

3 Langage et pouvoir

La maîtrise du langage

  • En distinguant la langue (institution) et la parole (performance individuelle), on met en place une relation variable entre l’individu et l’ensemble social. S’il est vrai, comme le souligne Hegel, que la pensée authentique est celle qui se formule dans les mots les plus précis, on doit à l’inverse constater que le mauvais usage du langage témoigne d’une insuffisance de la réflexion.
  • Les différents niveaux de maîtrise de la langue renvoient ainsi à des différences sociales. « Mieux » parler que l’interlocuteur, c’est manifester une supériorité – et celle-ci peut provenir de l’usage d’un langage aussi bien « secret » (cas du sorcier ou de l’initié) que spécialisé (cas du scientifique). La culture commune s’indique par la compréhension partagée des allusions et connotations propres à certains écrivains (qui enrichissent la langue en la travaillant comme un matériau) .

Le contenu du discours est libre

Platon déplorait que la rhétorique aboutisse davantage à persuader l’auditeur qu’à se soucier de la vérité (Sophiste). Le langage de la séduction ou de la flatterie peut confirmer un pouvoir injustement acquis (cas du démagogue). Dans la mesure où ses formes peuvent véhiculer n’importe quel contenu, le libre usage de la langue présente une dimension éminemment politique.