Le sonnet

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Classe(s) : 2de | Thème(s) : La poésie du XIXe au XXe siècle : du romantisme au surréalisme
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Le sonnet
 
 

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Le sonnet est la forme fixe qui a connu la plus grande fortune : introduit dans la poésie française à la Renaissance, il n’a cessé d’inspirer les poètes.

1L’invention du sonnet à la Renaissance

? Lorsqu’il est introduit en France, le sonnet comprend quatorze décasyllabes répartis en deux quatrains à rimes embrassées (abba abba) suivis d’un sizain correspondant à un distique suivi d’un quatrain à rimes croisées (ccdede). C’est le cas du célèbre sonnet de Louise Labé :

 

Tant que mes yeux pourront larmes épandre,

A l’heur passé avec toi regretter :

Et qu’aux sanglots et soupirs résister

Pourra ma voix, et un peu faire entendre :

Tant que ma main pourra les cordes tendre

Du mignard Luth, pour tes grâces chanter :

Tant que l’esprit se voudra contenter

De ne vouloir rien fors que toi comprendre :

Je ne souhaite encore point mourir.

Mais quand mes yeux je sentirai tarir,

Ma voix cassée, et ma main impuissante,

Et mon esprit en ce mortel séjour

Ne pouvant plus montrer signe d’amante :

Prierai la Mort noircir mon plus clair jour.

Louise Labé, Sonnets, 1555.


 

? Les poètes du xvisiècle ont ensuite introduit quelques évolutions : l’alexandrin a supplanté le décasyllabe, et le système des rimes dans le sizain a connu de nombreuses variantes. Au premier modèle, surnommé « sonnet français », s’est ainsi ajoutée la forme du « sonnet italien » dont les rimes du sizain diffèrent (ccdeed et non plus ccdede).

? Les libertés prises avec le modèle original peuvent être plus grandes encore, comme lorsque des poètes privilégient dans les deux quatrains des rimes croisées (abab) plutôt qu’embrassées.

2La redécouverte du sonnet au XIXsiècle

? Encore très en vogue tout au long du xviisiècle, comme en témoigne son éloge par Boileau (Art poétique, 1674), le sonnet finit par être oublié au cours duxviiie siècle.

? Redécouvert par les romantiques, il devient l’une des formes fixes les plus populaires du xixsiècle, pratiquée par des poètes comme Nerval, Baudelaire ou Mallarmé :

 

Le vierge, le vivace et le bel aujourd’hui

Va-t-il nous déchirer avec un coup d’aile ivre

Ce lac dur oublié que hante sous le givre

Le transparent glacier des vols qui n’ont pas fui !

Un cygne d’autrefois se souvient que c’est lui

Magnifique mais qui sans espoir se délivre

Pour n’avoir pas chanté la région où vivre

Quand du stérile hiver a resplendi l’ennui.

Tout son col secouera cette blanche agonie

Par l’espace infligée à l’oiseau qui le nie,

Mais non l’horreur du sol où le plumage est pris.

Fantôme qu’à ce lieu son pur éclat assigne,

Il s’immobilise au songe froid de mépris

Que vêt parmi l’exil inutile le Cygne.

Stéphane Mallarmé, Poésies, 1887.

3Le sonnet contemporain

? Aujourd’hui encore, malgré la libération du vers et l’abandon progressif des formes fixes, des poètes trouvent dans le sonnet une source d’inspiration toujours renouvelée : dans son recueil, Jacques Roubaud invente la forme du sonnet en prose ou celle du sonnet de sonnets.

Conclure

La forme du sonnet a finalement survécu aux modes poétiques et résisté à la libération formelle si bien qu’elle inspire encore les poètes contemporains.