Le temps de la narration

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Classe(s) : 2de | Thème(s) : Le roman et la nouvelle au XIXe siècle : réalisme et naturalisme
Corpus - | Corpus - 1 Fiche
 
Le temps de la narration
 
 

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Le temps de la narration est distinct du temps de l’histoire.

1Le moment de la narration

? Dans la narration ultérieure, le narrateur se situe après les événements ; son récit emploie donc les temps du passé (en particulier le passé simple et l’imparfait).

? Dans la narration simultanée, il se situe au moment même où les événements ont lieu ; son récit est au présent.

? Dans la narration antérieure, il se situe avant que les événements ne se produisent ; ce procédé, rare, généralement circonscrit à un bref passage, est une forme d’anticipation (rêve, prophétie) ; le récit est au futur.

2L’ordre de la narration

Il arrive que le narrateur rompe l’ordre chronologique : on parle alors d’une anachronie.

? L’analepse opère un retour en arrière par rapport à ce qu’on est en train de raconter :

 

Ils allaient côte à côte, elle appuyée sur son bras, et les volants de sa robe lui battaient contre les jambes. Alors, il se rappela un crépuscule d’hiver, où, sur le même trottoir, Mme Arnoux marchait ainsi à ses côtés.

Gustave Flaubert, L’Éducation sentimentale, 1869.

? La prolepse évoque, par anticipation, un événement devant se produire après ce qu’on est en train de raconter :

 

Quant à un chagrin aussi profond que celui de ma mère, je devais le connaître un jour, on le verra dans la suite de ce récit, mais ce n’était pas maintenant, ni ainsi que je me le figurais.

Marcel Proust, Sodome et Gomorrhe, 1922.

3Le rythme de la narration

Le narrateur ne raconte jamais tout. Il rapporte en détail des événements précis, en résume brièvement d’autres, en passe certains sous silence.

? Dans la pause, le narrateur interrompt l’écoulement du temps de l’histoire pour décrire un lieu, un personnage, faire un commentaire.

 

Ils venaient de s’arrêter aux deux tiers de la montée, à un endroit renommé pour la vue, où l’on conduit tous les voyageurs.

On dominait l’immense vallée, longue et large, que le fleuve clair parcourait d’un bout à l’autre, avec de grandes ondulations.

Guy de Maupassant, Bel-Ami, 1885.

? Dans la scène, le narrateur développe un temps fort de l’histoire.

 

Le prêtre se releva pour prendre le crucifix?; alors elle allongea le cou comme quelqu’un qui a soif, et, collant ses lèvres sur le corps de l’Homme-Dieu, elle y déposa de toute sa force expirante le plus grand baiser d’amour qu’elle eût jamais donné. Ensuite il récita le Misereatur et l’Indulgentiam […].

Gustave Flaubert, Madame Bovary, 1857.

? Dans le sommaire, le narrateur résume une période ; le sommaire sert souvent de transition entre deux scènes.

 

Nous glissons sur dix années de progrès et de bonheur, de 1800 à 1810?; Fabrice passa les premières au château de Grianta, donnant et recevant force coups de poing au milieu des petits paysans du village, et n’apprenant rien, pas même à lire.

Stendhal, La Chartreuse de Parme, 1839.

? Dans l’ellipse, le narrateur passe sous silence une partie des événements.

 

Trois mois après, une nouvelle possibilité de changement s’annonça dans la situation d’Ellénore.

Benjamin Constant, Adolphe, 1816.

Conclure

L’étude du temps de la narration permet d’apprécier l’art du romancier et la façon dont il transforme le temps linéaire et régulier de l’histoire en un récit dynamique, à l’ordre et au rythme variés.