Les échanges

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Classe(s) : Tle ST2S - Tle STI2D - Tle STL - Tle STMG | Thème(s) : Les échanges
 

Les échanges

La mondialisation peut être définie comme l’extension planétaire des échanges de biens, de personnes et d’informations. Cette démultiplication des échanges nous paraît une menace et une nécessité. Comment la comprendre et la juger ?

1La méfiance des Anciens face à l’activité économique

Dans notre société, la croissance de l’activité économique et des échanges est perçue comme un bien. Les penseurs de l’Antiquité ou du Moyen Âge avaient un avis très différent.

Selon Platon, la propriété privée et le commerce sont des menaces pour la moralité individuelle et pour la vie en société, car l’enrichissement lié aux échanges marchands engendre « dans les âmes une disposition à se dédire sans cesse et à être de mauvaise foi » (Les Lois).

 

Le potlatch

L’échange des biens ne prend pas nécessairement une forme marchande. Marcel Mauss (Essai sur le don, 1923) a montré que certaines sociétés organisent les échanges par un système de don initial, qui contraint le bénéficiaire à effectuer en retour un contre-don, dont la valeur doit être la plus grande possible. C’est le système du potlatch : une forme d’échanges créant une rivalité et définissant les rapports de force et les hiérarchies de pouvoir.

Aristote appelle chrématistique l’activité ayant pour but d’acquérir des biens. Il condamne presque aussi radicalement les échanges marchands, mais il propose une distinction entre deux formes de chrématistique. La première cherche seulement à s’approprier ce qui est nécessaire aux besoins individuels et familiaux, c’est l’économie domestique. Elle est légitime. Mais la chrématistique marchande dont l’objet est d’enrichir le vendeur est méprisable car « l’homme d’affaires est un être hors nature et il est bien clair que la richesse n’est pas le bien suprême » (La Politique). Aristote condamne également le prêt à intérêt, le commerce avec l’étranger et le travail salarié, c’est-à-dire l’échange de sa force de travail contre de l’argent.

Thomas d’Aquin (1227-1274), philosophe et théologien catholique, considère aussi que l’activité marchande est nuisible parce qu’elle introduit l’amour de l’argent et menace de disparition les comportements désintéressés. Mais il admet que si cet enrichissement est fait avec de bonnes intentions, pour aider les pauvres en particulier, alors il faut laisser Dieu en juger. C’est ici que l’activité marchande commence à acquérir une certaine légitimité.

2La valorisation des échanges marchands

Au xvie siècle, on commence à considérer que l’État n’a pas seulement une fonction militaire, religieuse ou politique mais aussi économique. La théorie appelée mercantilisme affirme que l’objectif principal de l’État doit être sa propre richesse et qu’il doit pour cela favoriser les exportations et limiter les importations.

C’est au xviiie siècle que la pensée libérale fait de la multiplication des échanges marchands un impératif social et politique majeur, voire premier. Adam Smith (1723-1790) est son fondateur le plus connu. Il prétend démontrer par ses études économiques que chaque individu trouve le plus grand bien-être possible s’il peut produire et échanger autant qu’il le désire. C’est la doctrine libérale du « laissez faire, laissez passer ». L’État doit veiller à ce que rien ne vienne faire obstacle à cette multiplication des échanges, et surtout pas ses propres lois. Cette domination des lois de l’échange marchand sur la politique est souhaitable parce que chaque agent économique, guidé par son seul intérêt particulier, va sans le savoir dans le sens de l’intérêt général grâce à une « main invisible » qui, selon Smith, oriente secrètement chaque décision.

David Ricardo (1772-1823) prolonge les thèses de Smith en montrant que si on laisse deux États commercer sans barrières, leur balance de paiements s’équilibre et permet à chacun d’élever son niveau de vie. Le commerce international serait donc le meilleur moyen d’assurer la paix entre les États. Grâce à l’intérêt que chacun aurait de pouvoir échanger avec le plus grand nombre possible, le libéralisme prétend être le meilleur garant de l’entente des peuples, sans avoir recours à autre chose que l’intérêt de chacun bien compris. C’est un exemple de la « main invisible » de Smith.

3Le socialisme et la critique du monde marchand

Le socialisme considère que le libre jeu des intérêts particuliers est dangereux et qu’il ne garantit pas la meilleure des sociétés possibles. Il retrouve en ce sens les critiques des philosophes de l’Antiquité, Platon en particulier. Dans sa République, Platon proposait une cité idéale dont l’organisation est communiste : il n’y a pas de propriété privée, et c’est le pouvoir politique qui organise la production des biens, sans initiative privée. Mais ce n’est pas une société égalitaire. Le mépris platonicien pour l’activité économique repose sur l’existence d’esclaves, chargés de la production et des échanges.

 

Dans son État commercial fermé (1800), Fichte s’oppose au libéralisme naissant, qu’il définit comme « la guerre des acheteurs et des vendeurs ». Il pense que les échanges internationaux vont accroître les conflits et réduire le pouvoir de chaque État sur ses propres citoyens. C’est pourquoi il recommande la fermeture des frontières au commerce, la suppression de la propriété privée et le contrôle de l’État sur toute la vie économique. Il nie qu’un tel État soit dictatorial car selon lui, il ne s’oppose qu’à la fausse conception libérale de la liberté.

Karl Marx (1818-1883) est le vrai fondateur de la pensée communiste. Il considère le monde marchand comme l’exploitation du prolétariat ouvrier par la bourgeoisie capitaliste, car pour assurer la création d’une plus-value lors de la production industrielle des marchandises, l’ouvrier doit échanger à perte sa force de travail contre un salaire sous-évalué. Le communisme veut donc supprimer l’organisation capitaliste du travail et la division de la société en classes opposées. L’État communiste commencera par abolir la propriété privée des biens et aura le monopole des échanges marchands.

Marx donne une valeur absolument fondamentale aux échanges. Il pense que la totalité de la vie individuelle et sociale, morale et culturelle, est déterminée par la façon dont les hommes travaillent, produisent et échangent. L’économie politique est pour lui la véritable philosophie.

NB : La notion d’échange implique l’idée d’un transfert réciproque de propriété : le tien devient mien et inversement. Cela ne se réalise vraiment que dans les échanges économiques. On parle pourtant souvent d’échanger des idées, des paroles, ou des coups, alors que l’on n’y trouve pas réellement de transfert de propriété. Si dans une dissertation, vous voulez parler de ces échanges-là, tenez compte de cette différence avec les échanges économiques.