Les outils de l’analyse littéraire : récap' express

Merci !

Fiches
Classe(s) : 2de | Thème(s) : La phrase, le texte, le discours - Les procédés littéraires
Corpus - | Corpus - 2 Recap
 
Les outils de?l’analyse?littéraire
 
 

FB_Bac_98609_Fra2_TT_011

11

Ces outils jouent un rôle important dans l’explication de texte. Prenons par exemple ce célèbre extrait d’Au Bonheur des Dames.

 

À l’intérieur, sous le flamboiement des becs de gaz, qui, brûlant dans le crépuscule, avaient éclairé les secousses suprêmes de la vente, c’était comme un champ de bataille encore chaud du massacre des tissus. Les vendeurs, harassés de fatigue, campaient parmi la débâcle de leurs casiers et de leurs comptoirs, que paraissait avoir saccagés le souffle furieux d’un ouragan. On longeait avec peine les galeries du rez-de-chaussée, obstruées par la débandade des chaises ; il fallait enjamber, à la ganterie, une barricade de cartons, entassés autour de Mignot ; aux lainages, on ne passait plus du tout, Liénard sommeillait au-dessus d’une mer de pièces, où des piles restées debout, à moitié détruites, semblaient des maisons dont un fleuve débordé charrie les ruines ; et, plus loin, le blanc avait neigé à terre, on butait contre des banquises de serviettes, on marchait sur les flocons légers des mouchoirs. Mêmes ravages en haut, dans les rayons de l’entresol : les fourrures jonchaient les parquets, les confections s’amoncelaient comme des capotes de soldats mis hors de combat, les dentelles et la lingerie, dépliées, froissées, jetées au hasard, faisaient songer à un peuple de femmes qui se serait déshabillé là, dans le désordre d’un coup de désir ; tandis que, en bas, au fond de la maison, le service du départ, en pleine activité, dégorgeait toujours les paquets dont il éclatait et qu’emportaient les voitures, dernier branle de la machine surchauffée.

Émile Zola, Au Bonheur des Dames, 1883.


 

Le type de texte

? Il s’agit ici d’un texte descriptif : Zola transforme le décor du grand magasin en un véritable tableau, qu’il livre à la contemplation du lecteur.

La valeur du temps verbal

? Il utilise l’imparfait de description : par opposition au passé simple du récit, ce temps fige la scène dans une sorte d’éternité. Après la furie commerciale, le temps semble s’arrêter sur un paysage de désolation.

Le lexique

? L’étude des champs lexicaux révèle le projet de Zola : à côté du vocabulaire propre à l’univers du grand magasin (« vente », « tissus », « comptoirs »…), le champ lexical de la « débâcle » militaire est beaucoup plus inattendu (« champ de bataille », « massacre », « barricade »…).

Les figures de style

? De nombreuses images mettent en rapport ces deux réalités a priori éloignées : on relève par exemple les comparaisons « comme des capotes de soldats mis hors de combat » et « semblaient des maisons ». Une métaphore filée assimile le passage des clientes à une catastrophe naturelle (« souffle furieux d’un ouragan » ou « mer de pièces » déchaînée).

? Des énumérations traduisant le désordre qui règne dans le magasin. Les longues phrases miment le flot incessant des clientes. Les hyperboles (« harassés de fatigue », « secousses suprêmes »…) exagèrent l’état du grand magasin après une grosse journée de vente.

Le registre

? Ainsi, Zola utilise le registre épique et transforme le grand magasin en « champ de bataille » des temps modernes : les héros de la société capitaliste ne sont plus des guerriers courageux, mais les vendeurs et les clientes.