Fiche de révision

Pourquoi et comment représenter d'autres cultures en littérature ?

Contenu

La découverte de contrées inexplorées fortifie une veine féconde en littérature : la confrontation à l'autre, et les réflexions existentielles et morales qu'elle charrie.

I L'humanité à l'épreuve du choc des cultures

1 Le statut de l'autre

Entre mépris et idéalisation, l'altérité fait l'objet de regards variables.

Au milieu du XVIe siècle, la controverse théologique de Valladolid voit s'affronter deux visions opposées quant à l'infériorité supposée des Amérindiens en tant qu'êtres humains. Le prêtre Las Casas prend leur défense dans sa Très Brève Relation de la destruction des Indes.

Le mythe du « bon sauvage » se développe : un être humain à la vie simple, que la civilisation n'aurait pas dénaturé. Montaigne rend hommage aux multiples vertus des Amérindiens : « hardiesse et courage, […] fermeté, constance, résolution contre les douleurs et la faim et la mort ».

À noter

Rousseau perpétue ce mythe dans son Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes (1755), en faisant l'éloge d'un « état de nature » originel et pur.

2 La dénonciation de la barbarie européenne

Dans ses Essais, Montaigne dénonce la posture des colons, dont le désir de domination des peuples autochtones empêche toute rencontre authentique. La diversité infinie des pratiques et des mœurs est pour lui une riche matière à réflexion : « Il y a une merveilleuse distance entre leur forme et la nôtre. »

L'idéalisation du « bon sauvage » souligne les travers des Européens, en les invitant à redéfinir leurs valeurs et leurs croyances. Dans son ­Supplément au Voyage de Bougainville (1772), Diderot donne la parole à un vieux Tahitien qui fustige les vices apportés par les colons français.

La plus grande violence semble finalement bien être celle des conquistadores espagnols qui ont exterminé les peuples précolombiens pour imposer leur pouvoir et leurs valeurs, comme le rappelle Marmontel dans Les Incas, ou la destruction de l'Empire du Pérou (1777).

II L'autre comme moyen de réfléchir sur soi

1 Une invitation à la tolérance

Les auteurs humanistes luttent contre les préjugés, contre les jugements hâtifs et l'intolérance. La littérature prône souvent l'acceptation d'une humanité plurielle, en combattant l'ethnocentrisme .

Montaigne promeut le relativisme : « Chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage ». L'essayiste s'interroge : le cannibalisme, rituel cruel mais symbolique, n'est-il pas moins barbare que les massacres perpétrés en Europe pendant les guerres de Religion ?

Les penseurs humanistes, puis ceux des Lumières, renversent ainsi l'accusation de sauvagerie contre les Occidentaux eux-mêmes. L'exploration de contrées inconnues par un personnage fictif permet une perception critique plus juste des réalités du monde : chez Voltaire, le naïf Candide découvre avec désarroi la tragédie de l'esclavage au Suriname.

2 La possibilité du décentrement

Certains auteurs mettent en œuvre des dispositifs qui provoquent un décentrement du regard.

Dans les Lettres persanes, Montesquieu montre la perplexité d'un Persan face à « l'extravagance » des Parisiens et des Parisiennes – qui le lui rendent bien : « Comment peut-on être Persan ? » La permutation des points de vue permet au lecteur du XVIIIe siècle de mesurer sa propre étrangeté.

La rencontre entre peuples européens et autochtones produit un étonnement réciproque. L'Autre peut devenir le véhicule d'une critique de la civilisation européenne : dans L'Ingénu, Voltaire imagine l'étonnement d'un Huron découvrant la société française .

L'essentiel

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