Pourquoi mettre en œuvre une croissance soutenable ?

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Classe(s) : Tle STMG | Thème(s) : Pourquoi mettre en œuvre une croissance soutenable ?

Pourquoi mettre en œuvre une croissance soutenable ?

La population mondiale s’accroît fortement. Pour satisfaire ses besoins, la production augmente. Ainsi, les inégalités de développement se réduisent mais des ressources naturelles relativement rares sont prélevées et transformées. Or, leur stock est limité et elles sont inégalement réparties sur la planète. Cela compromet l’équilibre climatique et menace à long terme la biodiversité, ainsi que l’humanité. Une croissance soutenable devrait préserver les chances de développement des générations futures.

1Les déséquilibres actuels de la croissance

A La croissance et les inégalités sociales


Évolution du PIB par habitant dans le monde par régions

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Source : Banque mondiale. Unité : dollars PPP.

Les écarts de revenus entre les pays diminuent car les PIB des pays les moins avancés croissent plus vite que les revenus des pays les plus riches. Entre 2000 et 2010, l’accroissement du PIB par habitant de l’Afrique subsaharienne est de + 29,3 %, alors que celui de l’Amérique du Nord ne croît que de + 7,6 %.

Cependant, les inégalités de revenus entre pays riches et pays pauvres restent fortes. Elles ont globalement augmenté entre 1980 et 2010 malgré une amélioration dans la dernière décennie.

La réduction des écarts de revenus entre pays riches et plus pauvres s’observe également dans chaque région du monde. Par exemple, en Europe, de 2000 à 2012, le PIB par habitant de la Roumanie a augmenté de + 59,6 % alors que celui de la France de seulement 4,8 %. Sur cette période, l’évolution de la zone Asie s’explique surtout par un enrichissement de la Chine (+ 155,3 %) et dans une moindre mesure de l’Inde (+ 83,2 %).

Pour comprendre

L’indice de Gini est un indicateur très utilisé pour mesurer les écarts de revenus. Plus l’indice est élevé, plus le pays est inégalitaire. Le site de la CIA permet de comparer différentes dates.

Mais à l’intérieur des pays, les écarts de revenus entre les plus riches et les plus pauvres augmentent. L’indice de Gini du monde est de 37,2 en 1998 et de 39 en 2007 (CIA world factbook).

Distribution des revenus des familles par pays – Coefficient de Gini

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Source : d’après CIA, The world factbook, 2009.

Au niveau mondial, il existe aussi des inégalités de revenus entre les plus jeunes et leurs aînés, entre les hommes et les femmes (d’après l’Unicef dans son rapport sur les inégalités mondiales). Les écarts entre les revenus les plus hauts et les plus bas sont en général plus forts dans les pays à revenus intermédiaires comme la Chine ou le Brésil.

La proportion de personnes vivant 
en dessous du seuil d’extrême pauvreté dans le monde a diminué : 43 % en 1990 pour 21 % en 2010. L’extrême pauvreté est la proportion de personnes vivant avec moins de 1,25 dollar par jour (d’après la Banque Mondiale). En Asie, l’évolution est spectaculaire : la proportion de personnes extrêmement pauvres est passée de 77,2 % en 1981 à 14,3 % aujourd’hui.

L’augmentation de la richesse n’implique pas que toute la population ait accès à celle-ci. Néanmoins, si les inégalités de revenus s’accroissent dans le monde, il est constaté une amélioration des conditions de vie mesurée par l’accès à l’eau potable, aux soins et à l’éducation.

B La croissance et la démographie


La richesse n’est pas équitablement répartie par rapport à la population mondiale. Toutefois, bien que la population des anciens pays développés décroisse, la part relative des richesses détenues par l’Europe et l’Amérique du Nord baisse au profit des pays émergents.

Répartition de la population et de la richesse dans le monde en 2012

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Source : d’après T. Piketty, ENS.

Cette évolution renforce l’idée qu’une population nombreuse – donc une population active importante – procure une grande force de travail pour produire et engendre une forte demande de consommation. De plus, une population nombreuse pousse à l’innovation pour satisfaire de multiples besoins dans un contexte de ressources rares. Ainsi, la croissance de la population favoriserait la croissance économique.

Dans tous les anciens pays industrialisés, la population diminue et vieillit alors qu’elle est plutôt jeune dans les pays émergents. Il faut cependant noter que le vieillissement de la population s’accompagne d’un allongement de la durée de vie en bonne santé. Les conséquences économiques de ce phénomène sont nombreuses et difficiles à prévoir.

Le premier effet est la nouvelle répartition entre population active et inactive. La charge financière des retraites pèsera vraisemblablement plus sur les premiers, d’où l’existence d’un débat sur le financement des retraites par répartition ou par capitalisation. Sur le plus long terme, l’impact est incertain.

Le deuxième effet serait une baisse des capacités d’innovation et des capacités de production à cause de la diminution du facteur travail disponible et du vieillissement. Néanmoins, le niveau de production dépend de la productivité du travail, qui elle, dépend des technologies futures employées. Or, elles peuvent compenser les baisses d’effectifs. La prévision est donc difficile. D’autant plus que, selon les modèles, une augmentation de la productivité de 0,5 % par an engendrerait une hausse de revenu de plus ou moins 22 % en 2040 (rapport du Sénat sur les conséquences du vieillissement de la population par M. Jean-Pierre Plancade).

Le troisième effet serait une diminution de la demande d’une population moins nombreuse et une modification de la demande vers plus de loisirs et de services. Comme le niveau des revenus disponibles futurs dépend fortement de la productivité à long terme, il est difficile d’évaluer l’impact à long terme de la baisse de la démographie et du vieillissement sur la demande et la croissance. Tout au plus, on peut prédire que l’amélioration des conditions de vie provoquera un allongement de l’activité qu’elle soit salariée ou non.

Selon les projections des démographes, il devrait y avoir environ 8 milliards d’habitants en 2020 pour 7,2 milliards en 2014. Le développement économique fondé sur la consommation et la croissance menace les équilibres naturels de la planète.

C La croissance et l’épuisement des ressources naturelles


L’appétit de matières premières grandit

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Source : d’après Fabrice Nodé-Langlois, Le Figaro, 13/05/2010

Il faut distinguer les ressources naturelles renouvelables des ressources non renouvelables. Les premières, au cours d’une durée plus ou moins longue, peuvent se reconstituer naturellement. C’est le cas pour tout ce qui constitue la biomasse comme les forêts, les réserves halieutiques (poissons et crustacés issus de la mer) et les êtres vivants. Les secondes ne se reconstituent pas ou alors sur un temps si long qu’on peut les considérer comme non renouvelables.

L’épuisement des ressources renouvelables survient si la consommation est plus rapide que le cycle de renouvellement : c’est le cas pour la pêche. De nombreuses espèces de poissons sur-pêchées comme le thon ou le cabillaud se raréfient.

Pour les ressources non renouvelables, la durée de consommation dépend de l’intensité de l’exploitation et du stock de réserves disponibles. Selon des estimations, le monde a déjà consommé 1 200 milliards de barils de pétrole pour des réserves prouvées restantes de 1 500 milliards de barils soit 40 ans de consommation. Les réserves disponibles sur la planète sont nécessairement finies mais l’évolution de la technologie permet de repousser pour un temps les limites d’exploitation. Les progrès du forage en mer de puits pétroliers ont permis d’augmenter les réserves disponibles en repoussant la date de l’épuisement des ressources pétrolières. En 2011 par exemple, au large de la Guyane française, un bassin pétrolier a été découvert. Il représenterait entre 0,1 % et 0,4 % des réserves mondiales (soit environ 5 milliards de barils) si les études le confirme.

Aujourd’hui, qu’elles soient renouvelables ou non, de nombreuses études montrent qu’il y a une surexploitation des ressources naturelles. Même si des progrès technologiques permettent des économies de ressources, ils ne compensent pas l’accroissement des besoins de la population mondiale.

Des secteurs industriels clés sont menacés par une grande dépendance aux ressources qui sont inégalement réparties. Par exemple, la fabrication des composants électroniques nécessite l’usage de terres rares dont le principal producteur est la Chine (95 % de la production pour 23 % des réserves mondiales). L’industrie japonaise consomme environ 32 000 tonnes par an et dépend à 50 % des exportations chinoises. L’Europe consomme environ 13 000 tonnes par an. Depuis 2011, la Chine protège ses ressources par des quotas d’exportation.

Le prix de certaines matières premières comme le cuivre s’envole (autour de 5 500 dollars la tonne en moyenne en 2014) à cause d’une pénurie. Cette matière première est utilisée dans une multitude d’activités. Or, la demande mondiale pour satisfaire les besoins des pays émergents est telle que les experts estiment que les réserves seront épuisées dans 38 ans, ce qui explique le développement de produits de substitution à base d’aluminium ou de polymère plastique quand cela est possible.

Plus grave encore, la surexploitation des ressources, notamment des hydrocarbures, menace l’équilibre climatique de la planète. Depuis la révolution industrielle, l’augmentation de carbone dans la composition de l’atmosphère a augmenté de 30 %.

Le réchauffement climatique dû à l’effet de serre (+ 0,13 °C par décennie) entraîne des récoltes irrégulières dans les zones traditionnelles de production. La production de céréales est indispensable à l’alimentation de l’humanité. Une sécheresse en Russie (troisième producteur mondial) en 2010 avait entraîné une hausse des cours de 70 % en détruisant un quart de la surface céréalière. Les cours sont restés élevés jusqu’en 2014 avant de baisser légèrement. La production d’hiver dans l’hémisphère sud en Argentine se développe.

On constate aussi une diminution de la biodiversité or 35 % de la nourriture dépend des insectes pollinisateurs comme les abeilles dont la disparition serait une catastrophe écologique et économique. Une hausse de 2,5 °C entraînerait la disparition de 30 % des espèces alors qu’on s’attend à une hausse des température du plus de 4,8 °C à l’horizon 2100 (5e rapport du GIEC, 2014).

L’émission de gaz à effet de serre comme le CO2 s’accélère depuis 2010 malgré la ratification du protocole de Tokyo en 1997 par de nombreux pays qui s’engagent à les réduire (à l’exception notable des États-Unis). L’Union européenne a atteint ses objectifs (– 18 %). Mais à l’échelle planétaire, il faudrait une baisse de 70 % des émissions pour contenir le réchauffement climatique autour de 2 °C à l’horizon 2050. La 21e conférence sur le climat qui se déroulera à Paris en décembre 2015 sera déterminante.

Émissions de CO2 dues à la combustion d’énergie dans le monde

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Source : Agence internationale de l’énergie, septembre 2014.

En outre, 60 % de la population mondiale réside à moins de 60 km des rivages. Comme le réchauffement climatique s’accompagne d’une élévation du niveau des océans, de nombreuses infrastructures et l’habitat d’une large partie de la population mondiale serait affectée. D’après des prévisions du groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), une hausse de 43 cm du niveau des mers est attendue autour de 2100 avec par exemple l’inondation d’une ville comme Tokyo au Japon et la disparition aux États-Unis de 2 000 km2 de la Floride. Déjà, ce niveau a augmenté de 17 cm au cours du xxe siècle.

Dans d’autres régions de la planète, la désertification progresse. Elle met en danger les activités humaines et la production agricole à cause du manque d’eau. Ce processus est déjà en cours en Europe, où en Espagne, il touche un quart du territoire.

2La nécessité d’une nouvelle forme de croissance

A Le développement durable


Le développement est l’augmentation du bien-être matériel et moral des populations. On le mesure grâce à des indicateurs qui prennent en compte des aspects qualitatifs du niveau de vie.

Le développement durable est un développement qui ne diminue pas les chances de développement des générations futures.

Si la croissance et le développement paraissent liés, il ne faut pas confondre les deux notions. Au contraire du développement, la croissance mesure avant tout un niveau de production de richesse matérielle. Le PIB ne donne donc aucune indication sur la répartition de ces richesses, ni sur les aspects qualitatifs de la production ou le bien-être moral des populations.

La croissance ne contribue pas au développement quand le modèle s’appuie sur l’hyperconsommation sans s’inquiéter de l’épuisement des ressources naturelles, des pollutions et des inégalités d’accès aux richesses. Une croissance sans limite se heurte à long terme à la contrainte incontournable d’une planète aux ressources finies.

La croissance contribue au développement quand elle permet de financer des services qui améliorent l’accès des populations aux richesses produites ainsi que des innovations qui limitent l’impact de la production sur l’environnement. On parle alors « de croissance verte. »

B Les indicateurs de développement durable


Pour mieux comprendre

Comme chaque pays dispose de son propre système de prix, il ne suffit pas de convertir les PIB ou les RNB des différents pays dans une même monnaie pour faire des comparaisons. Pour comparer le bien-être des populations, on calcule donc à quel coût elles peuvent satisfaire le même besoin économique comme par exemple, se faire couper les cheveux.

Le PIB par habitant en parité de pouvoir d’achat (PPA) mesure les écarts de niveau de vie des populations. Pour un échantillon large de produits et de services, on calcule les rapports de prix d’un pays à l’autre. On en déduit un taux de parité de pouvoir d’achat entre les pays étudiés puis on applique ce taux aux PIB convertis en dollars.

L’indice de développement humain (IDH) est un indicateur composite construit à partir de trois autres indicateurs :

l’espérance de vie à la naissance qui rend compte indirectement de la qualité du système de santé ;

le niveau d’éducation mesuré par la durée moyenne de scolarisation pour les adultes de plus de 25 ans et la durée attendue de scolarisation pour les enfants scolarisés ;

le niveau de vie mesuré par le revenu national brut (RNB) par habitant calculé en parité de pouvoir d’achat (PPA).

Les modalités de calcul de l’IDH ayant changé en 2011, il faut être prudent et ne pas comparer les chiffres établis entre 2005 et 2011. Il faut se fier aux corrections faites par les statisticiens du PNUD à chaque nouveau rapport.

Indice de développement humain (IDH) (2012)

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Source : PNUD.

Le PNUD classe les pays en trois catégories : IDH fort (plus de 0,800), moyen (entre 0,800 et 0,500) et faible (moins de 0,500). Cet indicateur montre l’amélioration du bien-être des populations, notamment en Amérique latine. Par contre, de nombreux pays africains ont encore un IDH faible comme par exemple le Mali.

L’indice de pauvreté multidimensionnel (IPM) est un indicateur composite construit à partir des 10 indicateurs qui rendent compte du niveau de vie, de la santé et du niveau d’éducation de la population. On estime qu’un tiers de la population mondiale est pauvre au sens de l’IPM. En Europe, la population espagnole a été fragilisée par la crise (voir carte page suivante).

Indice de pauvreté multidimensionnelle (2012)

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Source : PNUD.

La valeur de l’indice de pauvreté multidimensionnelle (IPM) résulte de la proportion de personnes subissant des manques dans au moins 30 % des 10 composantes pondérées et l’intensité moyenne de pauvreté, proportion de privations subies par les personnes en même temps. Plus l’indice est élevé, plus le pays est pauvre.

L’empreinte écologique est la surface de sol exploitée (exprimée en hectare global (Hag)) nécessaire pour satisfaire le niveau de consommation d’une population en tenant compte des déchets produits. Le calcul de l’empreinte écologique suit un processus comptable complexe. Chaque pays dispose d’une biocapacité qui est la surface biologiquement productive dont il dispose en tenant compte de la productivité. Si elle est inférieure à l’empreinte écologique, alors ce pays est débiteur par rapport au capacité de la planète.

Suivant les calculs du Global Footprint Network, il n’a fallu en 2012 que 234 jours pour consommer toute la biocapacité annuelle de la planète. Elle ne suffit donc plus à satisfaire nos besoins qui excèdent de 50 % ses capacités. La France fait partie des 40 % de pays débiteurs.

La santé écologique des nations

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Source : Global Footprint Network, rapport 2011.

C Les instruments du développement durable


Pour mettre en œuvre un développement durable, les pouvoirs publics peuvent soit, réparer les effets négatifs de la croissance, soit influencer les comportements.

Les indicateurs du développement durable permettent de diagnostiquer la situation, d’identifier des objectifs politiques pour agir et les contrôler l’action. C’est aussi un élément de la communication pour informer et orienter les comportements.

La politique fiscale est un des principaux instruments de la politique du développement durable (on parle de fiscalité écologique). Elle sanctionne les comportements des pollueurs suivant le principe « pollueur payeur » et incite les agents économiques à modifier leur comportement. Par exemple, l’éco-taxe (appelée malus écologique), incite les consommateurs à acheter des véhicules moins polluants car elle est proportionnelle à l’émission de CO2. Les crédits d’impôt favorisent les travaux d’isolation ou de la mise en œuvre de dispositifs d’énergie renouvelable comme les éoliennes ou les panneaux solaires.

La réglementation sous la forme de norme joue un rôle incitatif. La norme européenne éco-emballage limite l’impact écologique des emballages. On parle d’éco-conception quand les processus de fabrication minimisent l’utilisation des ressources.

Les quotas de prélèvements améliorent la gestion des ressources renouvelables comme dans le secteur de la pêche par exemple.

La création d’un marché carbone en Europe est un moyen d’internaliser les coûts engendrés par les effets externes négatifs de la croissance. Des quotas de pollution sont attribués aux entreprises qui doivent réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Si les entreprises ne dépassent pas ces quotas, elles ont un crédit et peuvent le vendre à celles qui les ont dépassés. Les entreprises les moins vertueuses supportent le coût d’achat des droits à polluer alors que les moins pollueurs en tirent un bénéfice. Ainsi, les comportements les moins polluants sont favorisés.