Présentation du Journal des faux-monnayeurs (1927)

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Classe(s) : Tle L | Thème(s) : Gide : Les Faux-Monnayeurs, Journal des faux-monnayeurs (bac 2017-2018)

André Gide (1869-1951)

Journal centré sur les techniques romanesques  xxsiècle

PRÉSENTATION

 Tenu parallèlement à l’élaboration du roman, le Journal des faux-monnayeurs s’étend du 17 juin 1919 au 8 juin 1925. Loin d’être rédigé au jour le jour, il comporte de longues périodes de silence, qui viennent s’intercaler entre ces deux dates. Deux « cahiers » le composent, suivis d’un « appendice » documentaire comprenant des coupures de presse, des lettres personnelles, quelques pages d’un premier projet de roman ou d’un dialogue avec le « démon » (Satan).

 Pas plus qu’il n’est un journal intime ou ne constitue des mémoires, ce Journal est un dossier de travail préparatoire à l’œuvre. C’est un texte fragmentaire qui, en quelques lignes ou en trois ou quatre pages, évoque la genèse de l’œuvre ainsi que les nombreuses difficultés techniques auxquelles Gide se trouve confronté. Écrire un roman ne va pas de soi, encore moins lorsqu’on cherche à se libérer des traditions et à dépasser les codes habituels du roman.

 Ce Journal est donc le lieu où, de tâtonnements en tentatives, s’élabore la création gidienne, sans rien cacher des inquiétudes et, parfois, du désespoir de son auteur. C’est en quelque sorte un carnet de bord ou un descriptif d’une expérience de laboratoire. C’est l’histoire même du roman, que, dans un premier temps, Gide avait imaginé de glisser tout entier dans le roman lui-même. Il y renoncera finalement pour le publier séparément en 1927, deux ans après la sortie des Faux-Monnayeurs.

LES THÈMES PRINCIPAUX

1. Un roman nouveau se présentant comme un antiroman

Gide rêve d’un roman, qui, selon sa propre expression, sorte des « ornières » du réalisme et qui n’obéisse à aucune convention ou tradition littéraire. En ce sens, c’est un antiroman. Ce que Gide cherche à faire, c’est de faire vivre le possible, et qu’il soit à l’image même de la vie : foisonnant et imprévisible.

2. L’aspiration à un « roman pur »

La volonté de Gide est de « purger le roman » des éléments qui ne lui sont pas propres (II, 1er novembre 1922, p. 64). Il s’agit moins de copier le réel que de remonter à la source la plus profonde des comportements. Le roman ne doit pas décrire, mais faire émerger des significations.

3. La diversification des techniques narratives

Pour réaliser ce projet, Gide use de différentes techniques narratives : le récit, le dialogue, les lettres, des débats littéraires, des réflexions d’ordre moral ou philosophique. Avec le « Journal » d’Édouard, lui-même romancier, se met en place le mécanisme dit de la mise en abyme, du roman dans le roman.

4. Le choix de plusieurs narrateurs

Tout récit impliquant un narrateur prenant en charge la narration, Gide renonce après examen à un narrateur unique, que celui-ci soit un personnage ou un narrateur invisible ou omniscient. Tous les personnages seront tour à tour des narrateurs.

5. Une intrigue volontairement foisonnante

Gide assume, après s’en être expliqué, le caractère touffu de son intrigue, quelque difficulté qu’il y ait à la maîtriser. La concevant comme une extension ou une virtualité de lui-même, il la souhaite à l’image de ce que la vie lui apprend.

6. La naissance et l’élaboration des personnages

« Le mauvais romancier construit ses personnages ; il les dirige et les fait parler. Le vrai romancier les écoute et les regarde agir » (II, 27 mai 1924, p. 85). Les personnages vivent leur propre vie, quitte à parfois décontenancer le romancier.