Réflexions sur la mise en scène

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Classe(s) : 1re ES - 1re L - 1re S - 1re STI2D - 1re STMG - 1re ST2S - 1re STL | Thème(s) : Le théâtre, texte et représentation
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Réflexions sur la mise en scène

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La représentation est-elle un prolongement naturel du texte ou une recréation ?

1Trois conceptions de la mise en scène

AUn lecteur

 Le metteur en scène est au service du texte.

Pour aborder un chef-d’œuvre, pour répondre à sa sollicitation, pour l’entendre, il n’est qu’une attitude : la soumission.

Louis Jouvet, Témoignages sur le théâtre, 1952.

 Des metteurs en scène du xxe siècle comme Copeau, Pitoëff, Dullin, Jouvet, Barrault, Vilar prônent le respect total du texte : leur travail consiste alors à révéler au mieux sa vérité.

BUn interprète

 Le metteur en scène peut vouloir donner sa propre interprétation d’un texte tout en lui restant fidèle.

 Prenons l’exemple de Dom Juan de Molière. Cette pièce complexe appelle de multiples interprétations : le héros n’est-il qu’un personnage cynique qui se joue des femmes ? Est-il un libertin humaniste ? Qui gagne : lui ou les valeurs de la société ? Le texte ne donne pas de réponse

 C’est au spectateur de jouer avec les différentes propositions de mise en scène d’un même ouvrage, et de les comparer.

CUn créateur

 Le texte est une matière comme une autre, il est désacralisé. Le metteur en scène s’autorise à le remanier, transformer, couper… pour en faire un des éléments de sa propre création, au même titre que la lumière, les décors, les acteurs. L’auteur du texte passe à l’arrière-plan. Craig (1872-1966) adopte cette position radicale, il s’affirme comme « régisseur » au sens où c’est lui qui doit tout diriger, tout régir.

 Dans les années 1960, le théâtre s’inspire des déclarations d’Artaud : « Pour moi nul n’a droit de se dire auteur, c’est-à-dire créateur, que celui à qui revient le maniement direct de la scène. » Le metteur en scène relègue le texte dans les accessoires du passé et s’engage dans un théâtre du corps, du geste.

2Renouveler le sens d’un texte, quelques exemples

ALa redécouverte

On a longtemps réduit Marivaux au marivaudage, « propos d’une galanterie délicate et recherchée » (Petit Robert). Or, c’est maintenant un lieu commun des mises en scènes que d’ignorer cette étiquette pour montrer que, derrière le jeu subtil des sentiments et de la langue policée du xviiie siècle, se cache une analyse pointue de la cruauté des rapports humains et des relations sociales.

BLa transposition

Ariane Mnouchkine, sans changer un mot du texte, transpose Tartuffe dans un contexte nord-africain, dénonçant alors tous les intégrismes et les faux dévots quelle que soit leur religion (représentation à la Cartoucherie en 1995).


citation « L’Antigone de Sophocle, lue et relue, et que je connaissais par cœur depuis toujours, a été un choc soudain pour moi pendant la guerre, le jour des petites affiches rouges. Je l’ai réécrite à ma façon, avec la résonance de la tragédie que nous étions alors en train de vivre ». Anouilh, 1946

CLa réécriture

Électre de Giraudoux (1937) et Antigone d’Anouilh (1944) sont des reprises, des réécritures de grandes tragédies grecques. L’histoire est connue du lecteur-spectateur, il n’y a pas d’effet de nouveauté quant à la trame narrative ; l’intérêt est donc ailleurs.

 Le mythe est actualisé et revitalisé par sa confrontation avec une autre époque et un autre mode de pensée. Il pose la question du tragique pour le monde occidental de la première moitié du xxe siècle.

Conclure

Le travail du metteur en scène est avant tout de sortir les virtualités du texte et de les exposer au public. Quand vous étudiez une pièce, mettez-vous en situation : quelle mise en scène feriez-vous ? Vous verrez alors que vous êtes face à des choix qui ont des conséquences sur le sens et la réception de la pièce.

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