Sarraute, Enfance

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Classe(s) : 1re ST2S - 1re STI2D - 1re STL - 1re STMG | Thème(s) : Sarraute, Enfance – Récit et connaissance de soi


Parcours : Récit et connaissance de soi

Publié en 1983, Enfance est un récit autobiographique. ­Nathalie Sarraute y raconte les premières années de sa vie. Le récit prend la forme d’un dialogue, où une deuxième voix vient interroger la narratrice pour garantir l’authenticité du souvenir et accéder à une connaissance de soi précise et juste.

I Connaître l’œuvre

1 L’auteur et le contexte

MOT CLÉ

Mouvement littéraire des années 1950-60, le Nouveau roman remet en question les notions de personnage et d’intrigue du roman traditionnel.

Née en 1900 à Ivanovo et morte à Paris en 1999, ­Natalia Ilinitchna Tcherniak a grandi entre la France et la Russie, partagée entre ses parents divorcés. Avocate, elle est contrainte par les lois anti-juives à renoncer au barreau en 1940. Elle se consacre alors à la littérature et devient l’une des grandes figures du Nouveau roman, dont elle expose les principes dans son essai L’Ère du soupçon (1956).

Enfance évoque les années qui précèdent la Première Guerre mondiale. En France, c’est la Belle Époque, une période de prospérité et d’insouciance, assombrie toutefois par l’esprit de revanche qui subsiste contre l’Allemagne depuis la guerre de 1870. En Russie, le climat est tendu : le régime du tsar Nicolas II est menacé, et l’Okhrana, sa police politique secrète, traque les révolutionnaires. Le père de Nathalie Sarraute est contraint de s’exiler en France.

2 Résumé de l’œuvre

Natacha, surnommée Tachok, vit d’abord à Paris puis à Saint Pétersbourg avec sa mère et le nouvel époux de celle-ci, Kolia ; elle passe ses vacances avec son père, en France ou en Russie. Elle évoque des anecdotes, ses peurs d’enfant, sa fascination pour les mots, les « idées » saugrenues qui surgissent dans son esprit…

Puis Nathalie revient vivre à Paris, chez son père et sa nouvelle épouse Véra. Les relations avec cette dernière sont difficiles, notamment après la naissance d’une petite sœur, Lili, qui fait l’objet de favoritisme. Nathalie s’épanouit cependant à l’école communale, où ses talents d’écrivain se révèlent. Le récit s’achève au moment où elle entre au lycée Fénelon.

II Comprendre le parcours

1 Récit et dialogue

MOT CLÉ

L’autobiographie est un récit de vie où l’auteur, le narrateur et le personnage sont une seule et même personne.

Pour Nathalie Sarraute, le récit bien organisé est suspect ; c’est un artifice littéraire qui ne permet pas d’appréhender avec justesse la matière floue et fluctuante du souvenir. Son autobiographie prend donc la forme d’un dialogue.

La première voix raconte les souvenirs d’enfance. Elle est sans cesse interrompue et questionnée par une seconde voix, plus critique, qui pousse la narratrice à préciser les événements, à analyser ses émotions et à corriger les inexactitudes. Ce dédoublement est nécessaire pour parvenir à la vérité.

2 Saisir l’insaisissable

Dans ses ouvrages, Nathalie Sarraute s’intéresse aux « tropismes » :

Ce sont des mouvements indéfinissables, qui glissent très rapidement aux limites de notre conscience ; ils sont à l’origine de nos gestes, de nos paroles, des sentiments que nous manifestons, que nous croyons éprouver et qu’il est possible de définir.

Nathalie Sarraute, Tropismes, 1939.

En relatant des anecdotes de son enfance, la narratrice plonge au cœur de ces phénomènes et met en évidence les émotions vives qui se dégagent de micro-événements.

Le récit autobiographique met ainsi en évidence la complexité des relations humaines : la distance qui se creuse entre Nathalie et sa mère, la froideur de Véra qui frôle parfois la méchanceté, la complicité avec son père…

Enfin, la plongée dans le passé permet à la narratrice de revenir aux sources de sa vocation d’écrivain. Ses souvenirs révèlent son amour des mots et de l’écriture.